certes mais avec ce qu'on dis de la qualité chinoisemrclean a écrit :"Actuellement, le groupe Michelin emploie 5 000 salariés en Chine, qui est devenu le premier marché mondial de pneumatiques. Michelin est implanté a Shenyang depuis 1996"speedturbo33 a écrit :P... elle même montée en pneu chinois, n'est ce pas?![]()
Bien évidement tu me diras qu'ils vont aussi bien que les michelins et qu'il faut etre trop con pour acheter des michelins alors qu'on peut avoir les "mêmes" 3/4 fois moins cher.
http://www.marketing-chine.com/entrepri ... n-en-chine
Sur certaines tailles de grande diffusion, tes fameux Michelin, ils sont chinois figures-toi !
bonjour du 44
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je quote pour la postéritéR32MAN a écrit :speedturbo33 a écrit :Putain qu'est ce qu'on est con c'est vrai tu as raison! On est quand même vraiment abruti d'avoir acheté une voiture avec le volant au bon endroit, alors que pour 10kE de moins on pouvait avoir la même avec le volant à droite (ce qui est tout à fait logique dans un pays où on circule à droite)
![]()
Si j'avais su avant j'aurai pu acheter un vx220 pour 15000 euros!! Quel con! Mais bon on est tous le con de quelqu'un d'autre...
Mais toi tu t'en fous t'as les ronds tu as dit, mais je suis certain que tu es du genre à reprogrammer ta voiture elle même montée en pneu chinois, n'est ce pas?![]()
Bien évidement tu me diras qu'ils vont aussi bien que les michelins et qu'il faut etre trop con pour acheter des michelins alors qu'on peut avoir les "mêmes" 3/4 fois moins cher.
Un speedster turbo tout le monde peut le conduire c'est vrai tu as tout à fait raison, mais pour les runs du vendredi soir c'est pas ce qu'il y a de mieux, tu devrais t'interesser au 205 tct ça marche mieux ou aux 21 turbo
Au fait c'est sur quel circuit que tu casses en 4 les speedster atmo?
relis toi tu est en train de dire que (speedster turbo est un pneu michelin et que un VX220 turbo est un pneu chinois)
je croyait c'etait les meme autos????a part la conduite!!!!
pourquoi payer cher alors qu'on peut avoir la meme chose bien moins cher a un detail pres!!!!
de plus la conduite a droite est autorisé en france pourquoi s'en privée
Je tiens à avoir participé à ce post
Speedster vendu
Dorian Admininutile
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florian.72
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La c'est jouer sur les mots !!mrclean a écrit :"Actuellement, le groupe Michelin emploie 5 000 salariés en Chine, qui est devenu le premier marché mondial de pneumatiques. Michelin est implanté a Shenyang depuis 1996"speedturbo33 a écrit :P... elle même montée en pneu chinois, n'est ce pas?![]()
Bien évidement tu me diras qu'ils vont aussi bien que les michelins et qu'il faut etre trop con pour acheter des michelins alors qu'on peut avoir les "mêmes" 3/4 fois moins cher.
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I'M THE STIQ ...
oui a part ma R32 en quatre roue en effet je n'ai jamais eu de propultion j'en ai deja conduit mais jamais posseder encore moins avec moteur derriere le dos!!!!senior a écrit :Tu as quand même dû remarquer que toutes tes autos étaient des traction (donc des voitures que même ta grand-mère invalide pourrait conduire)... vraiment rien à voir avec une vraie light, propulsion à moteur central arrièreR32MAN a écrit :... bref pour c'est qui est de l'habitude au light is right j'y ai deja gouter
mon premier light etait ma saxo 16v (150cv pour 870kilo)
mon deuxieme light un 106 S16 (version legere vidée a mort (800kilo pour 160cv adieu speedy athmo jprefere vous le dire!!!en reprise en 2 sur periph
mon troisieme light (clio RS RAGNOTTI vidée 920kilo pour 185cv(marchait aussi fort qu'un 300ZX biturbo de 370cv jusqu'a 200
voila voila mes coco![]()
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florian.72
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R32MAN a écrit :florian.72 a écrit :Sur le point du RHD-LHD j'avoue que pour moi c'est une question financière !!!
Après vu ce que j'ai rajouter dans la fiabilisation, j'aurai pu me payer un LHD.. Enfin sa à toujour été un sujet un peu compliquer
c'est a dire rajouter dans la fiabilisation??? explique florian72
Pas sur speedster j'te rassure !!
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florian.72
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tourne pas autour du pot ta juste besoin de dire j'ai refiabilisé un VX220 c'est pas compliqué contredis moi si je me trompeflorian.72 a écrit :R32MAN a écrit :florian.72 a écrit :Sur le point du RHD-LHD j'avoue que pour moi c'est une question financière !!!
Après vu ce que j'ai rajouter dans la fiabilisation, j'aurai pu me payer un LHD.. Enfin sa à toujour été un sujet un peu compliquer
c'est a dire rajouter dans la fiabilisation??? explique florian72
Pas sur speedster j'te rassure !!
tu m'etonne qui s'eternise ce topic et sa me gave egalement et c'est dommage car il y a de bon conseil (30%) et 70% de HS qui vont marrer la galerie
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speedturbo33
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Faux! les pilot super sport que je viens d'acheter sont fabriqués exclusivement à clermont ferrand, tu sais en France?mrclean a écrit :"Actuellement, le groupe Michelin emploie 5 000 salariés en Chine, qui est devenu le premier marché mondial de pneumatiques. Michelin est implanté a Shenyang depuis 1996"speedturbo33 a écrit :P... elle même montée en pneu chinois, n'est ce pas?![]()
Bien évidement tu me diras qu'ils vont aussi bien que les michelins et qu'il faut etre trop con pour acheter des michelins alors qu'on peut avoir les "mêmes" 3/4 fois moins cher.
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Sur certaines tailles de grande diffusion, tes fameux Michelin, ils sont chinois figures-toi !
Et ensuite ne confond pas fabrication chinoise et conception chinoise c'est pas tout à fait pareil...
on pense à vous
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speedturbo33
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florian.72
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Aucun rapport ...R32MAN a écrit :tourne pas autour du pot ta juste besoin de dire j'ai refiabilisé un VX220 c'est pas compliqué contredis moi si je me trompeflorian.72 a écrit :R32MAN a écrit :
c'est a dire rajouter dans la fiabilisation??? explique florian72
Pas sur speedster j'te rassure !!
tu m'etonne qui s'eternise ce topic et sa me gave egalement et c'est dommage car il y a de bon conseil (30%) et 70% de HS qui vont marrer la galerie
Je t'en aurais déjà parler !!!
Elise S1
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C'est juste fatigant. Mais effectivement, à part ça, y a pas de mal.speedturbo33 a écrit :On verrouille pas pour rien ici, il y a une certaine liberté d'expression propre à ce forum pas comme sur les autres où ça verrouille de peur...jeremief a écrit :Y a que moi que ça fatigue ce topic qui s'éternise ???![]()
Il faut quoi aux modérateurs pour verrouiller un truc ?
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Je reconnais taquiner sur ce coup, mais là où je rigole moins c'est sur les transferts de technologie "involontaires" qui arrivent systématiquement dès qu'une multinationale s'implante en chine.florian.72 a écrit : La c'est jouer sur les mots !!
A partir du moment ou le Bibendum s'installe dans une belle pagode, attendez-vous à voir des pneumatiques comparables (hormis en terme de prix) débarquer sur le marché européen à court terme.
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speedturbo33
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toutenglisse
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tu parles des fautes d'orthographisssmmeeDORIAN a écrit :![]()
Il n'y a pas moyen que tu prennes le temps de te relire avant de poster tes messages ??![]()
On est pas sur msn ici
c'est toi le B.O.S.S du forum non??? si oui tu est mon maitre
en tous cas promis je ferais des efforts
Dernière modification par R32MAN le mer. avr. 18, 2012 6:13 pm, modifié 2 fois.
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florian.72
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Je suis d'accord, j'ai tellement acheté des merdes chinoises "de conception" que maintenant je préfère acheter de la "qualités" de réputation et gueuler si je ne suis pas content ... Au moin sa me passe les nerfsmrclean a écrit :Je reconnais taquiner sur ce coup ....... à court terme.florian.72 a écrit : La c'est jouer sur les mots !!
Dernière modification par florian.72 le mer. avr. 18, 2012 6:14 pm, modifié 1 fois.
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toutenglisse
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LE MANUEL D'ÉPICTÈTE
fin du texte
I
1.— Parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous, d'autres non. De nous, dépendent la pensée, l'impulsion, le désir, l'aversion, bref, tout ce en quoi c'est nous qui agissons ; ne dépendent pas de nous le corps, l'argent, la réputation, les charges publiques, tout ce en quoi ce n'est pas nous qui agissons.
2.— Ce qui dépend de nous est libre naturellement, ne connaît ni obstacles ni entraves ; ce qui n'en dépend pas est faible, esclave, exposé aux obstacles et nous est étranger.
3.— Donc, rappelle-toi que si tu tiens pour libre ce qui est naturellement esclave et pour un bien propre ce qui t'est étranger, tu vivras contrarié, chagriné, tourmenté ; tu en voudras aux hommes comme aux dieux ; mais si tu ne juges tien que ce qui l'est vraiment — et tout le reste étranger —, jamais personne ne saura te contraindre ni te barrer la route ; tu ne t'en prendras à personne, n'accuseras personne, ne feras jamais rien contre ton gré, personne ne pourra te faire de mal et tu n'auras pas d'ennemi puisqu'on ne t'obligera jamais à rien qui pour toi soit mauvais.
4.— A toi donc de rechercher des biens si grands, en gardant à l'esprit que, une fois lancé, il ne faut pas se disperser en oeuvrant chichement et dans toutes les directions, mais te donner tout entier aux objectifs choisis et remettre le reste à plus tard. Mais si, en même temps, tu vises le pouvoir et l'argent, tu risques d'échouer pour t'être attaché à d'autres buts, alors que seul le premier peut assurer liberté et bonheur.
5.— Donc, dès qu'une image viendra te troubler l'esprit, pense à te dire : « Tu n'es qu'image, et non la réalité dont tu as l'apparence. » Puis, examine-la et soumets-la à l'épreuve des lois qui règlent ta vie : avant tout, vois si cette réalité dépend de nous ou n'en dépend pas ; et si elle ne dépend pas de nous, sois prêt à dire : « Cela ne me regarde pas. »
II
1.— Souviens-toi que le désir est tendu vers son objet tandis que le but de l'aversion, c'est de ne pas tomber dans ce qu'on redoute. Si l'on est infortuné en manquant l'objet de son désir, on est malheureux en tombant dans ce qu'on voulait éviter. Donc, si tu ne cherches à fuir que ce qui est dépendant de toi et contraire à la nature, il ne t'arrivera rien que tu aies voulu fuir. Mais si tu cherches à éviter la maladie, la mort ou la misère, tu seras malheureux.
2.— Supprime donc en toi toute aversion pour ce qui ne dépend pas de nous et, cette aversion, reporte-la sur ce qui dépend de nous et n'est pas en accord avec la nature. Quant au désir, pour le moment, supprime-le complètement. Car si tu désires une chose qui ne dépend pas de nous, tu ne pourras qu'échouer, sans compter que tu te mettras dans l'impossibilité d'atteindre ce qui est à notre portée et qu'il est plus sage de désirer. Borne-toi à suivre tes impulsions, tes répulsions, mais fais-le avec légèreté, de façon non systématique et sans effort excessif.
III
Pour tout objet qui t'attire, te sert ou te plaît, représente-toi bien ce qu'il est, en commençant par les choses les plus petites. Si tu aimes un pot de terre, dis-toi : « J'aime un pot de terre. » S'il se casse, tu n'en feras pas une maladie. En serrant dans tes bras ton enfant ou ta femme, dis-toi : « J'embrasse un être humain. » S'ils viennent à mourir, tu n'en seras pas autrement bouleversé.
IV
Quand tu te prépares à faire quoi que ce soit, représente-toi bien de quoi il s'agit. Si tu sors pour te baigner, rappelle-toi ce qui se passe aux bains publics : on vous éclabousse, on vous bouscule, on vous injurie, on vous vole. C'est plus sûrement que tu feras ce que tu as à faire si tu t'es dit : « Je vais aller aux bains et exercer ma liberté de choisir en accord avec la nature. » De même pour toutes tes autres tâches. Car, ayant fait cela, s'il arrive quelque chose qui t'empêche de te baigner, tu auras la réponse toute prête : « Je ne voulais pas seulement me baignererres offensives. Tout peuple qui n'a par sa position que l'alternative entre le commerce ou la guerre est faible en lui-même; il dépend de ses voisins, il dépend des événements; il n'a jamais qu'une existence incertaine et courte. Il subjugue et change de situation, ou il est subjugué et n'est rien. Il ne peut se conserver libre qu'à force de petitesse ou de grandeur.
On ne peut donner en calcul un rapport fixe entre l'étete;tait de cet avis : la chose à craindre, c'est l'opinion que la mort est redoutable. Donc, lorsque quelque chose nous contrarie, nous tourmente ou nous chagrine, n'en accusons personne d'autre que nous-mêmes : c'est-à-dire nos opinions. C'est la marque d'un petit esprit de s'en prendre à autrui lorsqu'il échoue dans ce qu'il a entrepris ; celui qui exerce sur soi un travail spirituel s'en prendra à soi-même ; celui qui achèvera ce travail ne s'en prendra ni à soi ni aux autres.
VI
Ne te monte jamais la tête pour une chose où ton mérite n'est pas en cause. Passe encore que ton cheval se monte la tête en disant : « Je suis beau » ; mais que toi, tu sois fier de dire : « J'ai un beau cheval » ! Rends-toi compte que ce qui t'excite c'est le mérite de ton cheval ! Qu'est-ce qui est vraiment à toi ? L'usage que tu fais de tes représentations ; toutes les fois qu'il est conforme à la nature, tu peux être fier de toi : pour le coup, ce dont tu seras fier viendra vraiment de toi.
VII
Pendant un voyage en bateau, si le navire jette l'ancre et que tu mettes pied à terre pour aller chercher de l'eau, tu ramasseras en chemin, ici un bigorneau, là un petit bulbe de plante, mais il te faut concentrer ta pensée sur le navire, te retourner sans cesse au cas o le pilote appelle ; s'il appelle, il faut tout planter là, de peur d'être jeté à fond de cale et ligoté comme du bétail. C'est pareil dans la vie ; si, en guise de bigorneau, on te donne une petite femme ou un esclave, il n'y a pas de mal à cela ; mais quand le pilote t'appelle, cours vers le navire et laisse tout sans te retourner. Et si, en plus, tu n'es plus tout jeune, reste à proximité du navire de peur de manquer l'appel.
VIII
N'attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites ; décide de vouloir ce qui arrive et tu seras heureux.
IX
La maladie est une gêne pour le corps ; pas pour la liberté de choisir, à moins qu'on ne l'abdique soi-même. Avoir un pied trop court est une gêne pour le corps, pas pour la liberté de choisir. Aie cette réponse à l'esprit en toute occasion : tu verras que la gêne est pour les choses ou pour les autres, non pour toi.
X
Devant tout ce qui t'arrive, pense à rentrer en toi-même et cherche quelle faculté tu possèdes pour y faire face. Tu aperçois un beau garçon, une belle fille ? Trouve en toi la tempérance. Tu souffres ? Trouve l'endurance. On t'insulte ? Trouve la patience. En t'exerçant ainsi tu ne seras plus le jouet de tes représentations.
XI
Ne dis jamais, à propos de rien, que tu l'as perdu ; dis : « Je l'ai rendu. » Ton enfant est mort ? Tu l'as rendu. Ta femme est morte ? Tu l'as rendue. « On m'a pris mon champ ! » Eh bien, ton champ aussi, tu l'as rendu. « Mais c'est un scélérat qui me l'a pris ! » Que t'importe le moyen dont s'est servi, pour le reprendre, celui qui te l'avait donné ? En attendant le moment de le rendre, en revanche, prends-en soin comme d'une chose qui ne t'appartient pas, comme font les voyageurs dans une auberge.
XII
1.— Si tu veux faire des progrès, laisse tomber les réflexions du genre : « Si je néglige mes intérêts, je n'aurai même pas de quoi vivre. » « Si je ne suis pas assez sévère avec mon esclave, il me servira mal. » Mieux vaut mourir de faim délivré du chagrin et de la peur, que vivre dans l'abondance au milieu des angoisses. Mieux vaut être mal servi par son esclave que malheureux.
2.— Commence donc par les petites choses. On gaspille ton huile, on vole ton vin ? Dis-toi : c'est le prix de la tranquillité, c'est le prix d'une ‚me sans trouble. On n'a jamais rien pour rien. Quand tu as besoin de ton esclave, souviens-toi qu'il peut ne pas venir et que, s'il vient, il exécutera peut-être tes ordres à tort et à travers. Mais il n'a pas le pouvoir que ta tranquillité dépende de lui.
XIII
Si tu veux progresser, accepte de passer pour un ignorant et un idiot dans tout ce qui concerne les choses extérieures ; n'essaie jamais d'avoir l'air instruit. Si certains ont bonne opinion de toi, méfie-toi. Tu dois savoir qu'il n'est pas facile de suivre ce qu'enjoint la nature en s'attachant aux objets extérieurs : si tu poursuis l'un de ces objectifs, il est inévitable que tu négliges l'autre.
XIV
1.— Si tu souhaites que tes enfants, ta femme et tes amis soient éternels, tu es un fou, car c'est vouloir que ce qui ne dépend pas de toi en dépende ; que ce qui n'est pas à toi t'appartienne. De même, si tu veux un serviteur sans défauts, tu es stupide, puisque tu voudrais que la médiocrité soit autre chose que ce qu'elle est. Mais si tu veux atteindre l'objet de tes désirs, tu le peux. Exerce-toi à ce qui est en ton pouvoir.
2.— Tout homme a pour maître celui qui peut lui apporter ou lui soustraire ce qu'il désire ou ce qu'il craint. Que ceux qui veulent être libres s'abstiennent donc de vouloir ce qui ne dépend pas d'eux seuls : sinon, inévitablement, ils seront esclaves.
XV
Souviens-toi de te comporter comme dans un banquet. Quand le plat, faisant le tour des, convives, arrive devant toi, tends la main et sers-toi comme il convient. S'il te passe sous le nez, n'insiste pas. S'il tarde, ne louche pas dessus en salivant mais attends qu'il arrive devant toi. Fais de même pour les enfants, pour une femme, pour les charges officielles, pour l'argent, et, un jour, tu seras digne de boire à la table des dieux. Mais si, les choses t'étant offertes, tu t'abstiens même d'y toucher, d'y jeter les yeux, tu seras digne non seulement de boire avec les dieux, mais de régner comme eux. C'est ainsi qu'ont vécu Diogène, Héraclite et leurs semblables, s'égalant par là aux dieux et gagnant le renom d'hommes divins.
XVI
Lorsque tu vois quelqu'un se lamenter sur son fils parti en exil, ou parce qu'il a perdu ses biens, ne te laisse pas aller à croire que ces événements font son malheur : ce qui cause du chagrin à cet homme, ce n'est pas ce qui lui arrive (sinon cela ferait le même effet à tel ou tel), mais l'opinion qu'il se fait de cet événement. Cependant, ne refuse pas de t'associer raisonnablement à sa peine, et même, au besoin, pleure avec lui ; prends seulement garde de ne pas pleurer aussi en toi-même.
XVII
Souviens-toi que tu joues dans une pièce qu'a choisie le metteur en scène : courte, s'il l'a voulue courte, longue, s'il l'a voulue longue. S'il te fait jouer le rôle d'un mendiant, joue-le de ton mieux ; et fais de même, que tu joues un boiteux, un homme d'État ou un simple particulier. Le choix du rôle est l'affaire d'un autre.
XVIII
Si un corbeau pousse un cri de mauvais augure, ne te laisse pas entraîner par ton imagination : définis ce dont il s'agit et dis-toi : « Rien de ce qui est annoncé là ne me concerne ; seulement ma petite carcasse, ma petite fortune, ma petite réputation, ma femme ou mes enfants. Quant à moi, pourvu que je le veuille, tous les présages me sont favorables : car, quoi qu'il résulte de ce signe, il est en mon pouvoir de faire tourner la chose à mon profit. »
XIX
1.— Tu peux être invaincu, si jamais tu n'engages de lutte où la victoire ne dépende pas de toi.
2.— Garde-toi d'estimer heureux un homme choisi pour une charge officielle, ou très puissant, ou jouissant, pour une raison ou une autre, de l'estime publique. En effet, si l'essence du bien réside dans ce qui dépend de nous, il n'y a de raison ni d'être jaloux, ni d'être envieux. Quant à toi, ce n'est pas général, magistrat ou consul que tu veux être, mais libre ; or, pour y arriver, il n'y a qu'un chemin : le mépris de ce qui ne dépend pas de nous.
XX
Souviens-toi que ce qui te cause du tort, ce n'est pas qu'on t'insulte ou qu'on te frappe, mais l'opinion que tu as qu'on te fait du tort. Donc, si quelqu'un t'a mis en colère, sache que c'est ton propre jugement le responsable de ta colère. Essaye de ne pas céder à la violence de l'imagination : car, une fois que tu auras examiné la chose, tu seras plus facilement maître de toi.
XXI
Que la mort, l'exil et tout ce qui semble redoutable soient présents à tes yeux tous les jours ; la mort surtout, et jamais tu n'auras de pensées lâches, ni de désirs immodérés.
XXII
Si ton désir te pousse vers la philosophie, prépare-toi à être partout en butte aux moqueries et aux sarcasmes ; à entendre dire : « Voyez-le nous revenir en philosophe ! » ou « Qu'est-ce qui nous vaut ce front superbe ? » Mais toi, garde ton front de tous les jours ; tiens-t'en fermement aux conduites qui te semblent les meilleures, conscient que c'est Dieu qui t'a mis à ce poste. Et souviens-toi que, si tu restes constant dans ces principes, ceux qui au début se moquaient de toi finiront par t'admirer ; tandis que si tu ne te montres pas à la hauteur, on rira de toi deux fois plus fort.
XXIII
S'il t'arrive un jour d'accorder du poids aux objets extérieurs par désir de plaire à quelqu'un, sache que tu réduiras à néant tes principes de vie. Borne-toi donc à être toujours philosophe ; mais si tu tiens aussi à le paraître, que ce soit à tes propres yeux et tu en auras fait assez.
XXIV
1.— Ne te laisse pas décourager par des réflexions du genre : « Je vais vivre sans honneur, je ne serai qu'un zéro. » Si vivre sans honneur est un mal, aucun mal ne peut t'arriver par la faute d'autrui ; rien de honteux non plus. Crois-tu qu'il dépende de tes efforts d'être tiré au sort comme magistrat, invité à un banquet ? Pas du tout. Alors, comment serait-ce un déshonneur de ne pas l'être ? Comment peux-tu dire que tu n'es qu'un zéro, puisque tu n'es tenu d'être quelque chose qu'au regard de ce qui dépend de nous (domaine où tu peux prétendre aux plus grands honneurs) ?
2.— Tes amis resteraient sans secours ? Comment cela ? Ils ne recevraient pas de tes mains leur petite pièce ? Tu ne les ferais pas nommer citoyens romains ? Qui te dit que ces choses-là dépendent de nous et nous regardent ? Qui peut donner à autrui ce qu'il n'a pas lui-même ? - Alors procure-le toi, dira-t-on, pour nous en faire profiter.
3.— Si je peux me le procurer sans déchoir à mes propres yeux, en restant loyal et sans bassesse, qu'on me montre le chemin, j'y vais. Mais si l'on veut que je perde mes biens propres pour vous procurer des choses qui ne sont pas des biens, considérez comme vous êtes injustes et ingrats. Et puis, qu'est-ce que vous aimez le mieux ? De l'argent ou un ami loyal et digne d'estime ? Aidez-moi à être tel au lieu de vouloir que j'agisse d'une façon qui me ferait cesser de l'être.
4.— « Mais, dis-tu, ma patrie resterait sans secours quand je pourrais l'aider. » Là encore, de quelle aide parles-tu ? Tu ne peux lui offrir ni thermes, ni portiques ? Et alors ? Le forgeron lui offre-t-il des chaussures, le cordonnier des armes ? Il suffit à chacun d'accomplir sa tâche. En travaillant à fabriquer pour elle un citoyen de plus, plein de loyauté et de respect de soi, ne ferais-tu rien pour elle ? — Si fait. — Donc, tu peux, par toi-même, lui être utile.
5.— Quelle place aurai-je dans la cité ?-- Celle où tu pourras rester loyal et digne d'estime. Mais si, voulant servir la patrie, tu réduis à néant ces vertus, une fois perdus toute loyauté et tout respect de toi, quels services pourrais-tu lui rendre ?
XXV
1.— Pour un festin, un discours, un conseil, on t'a préféré quelqu'un d'autre. Si ce sont des biens, réjouis-toi qu'ils lui échoient. Si ce sont des maux, ne te plains pas d'y avoir échappé ! D'ailleurs, souviens-toi aussi que si tu n'en fais pas autant que d'autres pour obtenir ce qui ne dépend pas de nous, tu ne peux pas t'attendre aux mêmes résultats qu'eux.
2.— Si tu ne vas pas rendre visite aux gens qui comptent, comment pourrais-tu être récompensé comme ceux qui y courent ? Comment, si tu ne flattes personne, obtenir autant que les flatteurs ? Tu as refusé de payer le prix de ces faveurs et tu voudrais qu'on te les accorde pour rien ? Tu es injuste et insatiable.
3.— Combien coûte une laitue ? Une obole, plus ou moins. Suppose que quelqu'un donne une obole pour une laitue ; si, toi, tu ne donnes rien et ne reçois rien, ne considère pas avoir eu moins que lui : il a sa laitue, toi, l'obole que tu n'as pas donnée.
4.— Eh bien, là encore, c'est la même chose : on ne t'a pas invité à un festin ? C'est que tu n'as pas donné le prix auquel on estimait le repas. Et ce prix, c'étaient flatteries ou services. Donc, si cela te sert, donne ton dû quel qu'en soit le prix. Mais si tu veux être payé de retour sans rien donner, tu n'es qu'un insatiable et un fou.
5.— N'as-tu rien obtenu à la place de ce repas ? Si : l'honneur de n'avoir pas flatté qui tu ne voulais pas, de n'avoir pas eu à supporter la morgue des serviteurs devant sa porte.
XXVI
L'expérience commune nous sert à comprendre ce que veut la nature. Ainsi, quand le jeune esclave du voisin casse une coupe, nous sommes prêts à dire : « Ce sont des choses qui arrivent. » Sache donc que, si c'est une de tes coupes qu'on a cassée, tu dois avoir la même réaction que pour celle du voisin. Applique cette règle aux choses les plus graves. Quelqu'un perd son enfant, sa femme ? Chacun de dire : « Nous sommes tous mortels. » Mais si l'on est soi-même frappé par un deuil, on s'écrie aussitôt : « Hélas, pauvre de moi ! » Nous devrions avoir à l'esprit la réaction que nous avons eue en apprenant la nouvelle à propos de quelqu'un d'autre.
XXVII
De même que la marque n'est pas là pour faire rater la cible, de même il n'y a pas de place pour le mal dans l'ordre universel.
XXVIII
Si on livrait ton corps au premier venu, tu serais indigné ; et pourtant tu livres à n'importe qui ton jugement, avec pouvoir d'y jeter trouble et confusion pour peu qu'on t'injurie, et tu n'as pas honte.
XXIX
1.— Pour tout ce que tu entreprends, examine les tenants et aboutissants avant de passer à l'action. Sans cela, tu seras d'abord plein de zèle, parce que tu ne penseras à rien de ce qui va s'ensuivre, et puis, dès que surgiront les difficultés, tu abandonneras lâchement la partie.
2.— Tu aimerais être vainqueur aux Jeux olympiques ? Moi aussi, par les dieux ! Gagner aux Jeux, c'est bien agréable ! Mais, avant de te lancer, examine un peu les tenants et aboutissants : l'abstinence sexuelle, le régime, le renoncement aux friandises, les exercices sous la contrainte et aux heures réglementaires, qu'on cuise ou qu'il gèle. Il ne faut pas boire frais ; dans certains cas même pas de vin, s'en remettre entièrement à son entraîneur comme à un médecin ; ensuite, en luttant, piétiner dans la poussière au coude à coude avec son adversaire, parfois se démettre un poignet, se tordre la cheville, et peut-être recevoir le fouet pour finalement être vaincu.
3.— Pense à tout cela et après, si tu en as encore envie, entre dans la carrière. Sinon, tu ne seras qu'un gamin qui joue tantôt aux lutteurs, tantôt aux gladiateurs, tantôt aux sonneurs de trompette, tantôt aux acteurs de tragédie. Un jour tu seras athlète, un autre gladiateur, un autre rhéteur, un autre philosophe, mais jamais tu ne seras rien à fond. Comme un singe, tu imiteras tout ce que tu vois, et tu choisiras tantôt une chose, tantôt l'autre. Car tu ne te seras pas mis à la tâche après réflexion, en ayant fait le tour de la question, mais au petit bonheur, poussé par une éphémère envie.
4.— C'est ainsi que d'aucuns, en voyant un philosophe, en l'entendant parler comme Euphratès (et pourtant, qui pourrait se vanter de parler comme lui ?), veulent aussitôt se lancer dans la philosophie.
5.— Mais, mon brave, il faut d'abord examiner ce dont il s'agit ! Bien observer ton caractère pour voir si tu pourras tenir. Tu as envie d'être champion au pentathlon ou à la lutte ? Regarde tes biceps, tes cuisses, tes reins. Nous ne sommes pas tous doués pour les mêmes choses.
6.— Crois-tu, en te mettant à la philosophie, que tu pourras boire et manger comme à présent, céder à tes désirs et te laisser emporter par la colère comme à présent ? Il te faudra veiller, souffrir, quitter tes proches, endurer le mépris d'un petit esclave, être tourné en dérision par les passants et, toujours, avoir le dessous, qu'il s'agisse d'honneurs officiels, du pouvoir, de procès, ou d'autres affaires de même farine.
7.— Voilà ce qu'il te faut examiner. Seras-tu prêt, alors, à payer de ce prix l'insensibilité aux émotions, la liberté, la sérénité ? Si c'est non, Il ne va pas plus loin. Ne sois pas, comme les enfants, philosophe un jour, percepteur impôts le lendemain, et puis rhéteur, et puis encore procurateur de César : tout cela ne fait pas bon ménage ! Il faut que tu sois un ; bon ou mauvais, il te faut cultiver ou bien la part qui dirige ton âme, ou alors tes biens matériels ; consacrer tes efforts au dedans ou au dehors ; c'est-à-dire régler ta vie en philosophe ou en homme ordinaire.
XXX
La plupart du temps, notre conduite se mesure à l'aune de nos relations. Celui-ci est mon père ? Je dois prendre soin de lui, lui céder en tout, supporter ses injures, ses coups. « Mais, c'est un mauvais père ! » Eh bien, la nature ne t'a pas fixé pour rôle de vivre avec un bon père, mais avec un père. « Mon frère me fait du tort ! » Alors garde, vis-à-vis de lui, le poste qui est le tien et ne te demande pas comment il se conduit, mais comment, toi, tu dois te conduire pour suivre, dans tes choix, ce qu'enjoint la nature. Personne ne te fera de mal, à moins que tu n'y consentes ; le mal ne viendra que lorsque tu jugeras qu'on te fait du mal. De la même façon, examine ce que doivent être tes relations avec tes voisins, tes concitoyens, le gouverneur de ta province, et tu sauras quelle conduite adopter à l'égard de chacun d'eux.

fin du texte
I
1.— Parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous, d'autres non. De nous, dépendent la pensée, l'impulsion, le désir, l'aversion, bref, tout ce en quoi c'est nous qui agissons ; ne dépendent pas de nous le corps, l'argent, la réputation, les charges publiques, tout ce en quoi ce n'est pas nous qui agissons.
2.— Ce qui dépend de nous est libre naturellement, ne connaît ni obstacles ni entraves ; ce qui n'en dépend pas est faible, esclave, exposé aux obstacles et nous est étranger.
3.— Donc, rappelle-toi que si tu tiens pour libre ce qui est naturellement esclave et pour un bien propre ce qui t'est étranger, tu vivras contrarié, chagriné, tourmenté ; tu en voudras aux hommes comme aux dieux ; mais si tu ne juges tien que ce qui l'est vraiment — et tout le reste étranger —, jamais personne ne saura te contraindre ni te barrer la route ; tu ne t'en prendras à personne, n'accuseras personne, ne feras jamais rien contre ton gré, personne ne pourra te faire de mal et tu n'auras pas d'ennemi puisqu'on ne t'obligera jamais à rien qui pour toi soit mauvais.
4.— A toi donc de rechercher des biens si grands, en gardant à l'esprit que, une fois lancé, il ne faut pas se disperser en oeuvrant chichement et dans toutes les directions, mais te donner tout entier aux objectifs choisis et remettre le reste à plus tard. Mais si, en même temps, tu vises le pouvoir et l'argent, tu risques d'échouer pour t'être attaché à d'autres buts, alors que seul le premier peut assurer liberté et bonheur.
5.— Donc, dès qu'une image viendra te troubler l'esprit, pense à te dire : « Tu n'es qu'image, et non la réalité dont tu as l'apparence. » Puis, examine-la et soumets-la à l'épreuve des lois qui règlent ta vie : avant tout, vois si cette réalité dépend de nous ou n'en dépend pas ; et si elle ne dépend pas de nous, sois prêt à dire : « Cela ne me regarde pas. »
II
1.— Souviens-toi que le désir est tendu vers son objet tandis que le but de l'aversion, c'est de ne pas tomber dans ce qu'on redoute. Si l'on est infortuné en manquant l'objet de son désir, on est malheureux en tombant dans ce qu'on voulait éviter. Donc, si tu ne cherches à fuir que ce qui est dépendant de toi et contraire à la nature, il ne t'arrivera rien que tu aies voulu fuir. Mais si tu cherches à éviter la maladie, la mort ou la misère, tu seras malheureux.
2.— Supprime donc en toi toute aversion pour ce qui ne dépend pas de nous et, cette aversion, reporte-la sur ce qui dépend de nous et n'est pas en accord avec la nature. Quant au désir, pour le moment, supprime-le complètement. Car si tu désires une chose qui ne dépend pas de nous, tu ne pourras qu'échouer, sans compter que tu te mettras dans l'impossibilité d'atteindre ce qui est à notre portée et qu'il est plus sage de désirer. Borne-toi à suivre tes impulsions, tes répulsions, mais fais-le avec légèreté, de façon non systématique et sans effort excessif.
III
Pour tout objet qui t'attire, te sert ou te plaît, représente-toi bien ce qu'il est, en commençant par les choses les plus petites. Si tu aimes un pot de terre, dis-toi : « J'aime un pot de terre. » S'il se casse, tu n'en feras pas une maladie. En serrant dans tes bras ton enfant ou ta femme, dis-toi : « J'embrasse un être humain. » S'ils viennent à mourir, tu n'en seras pas autrement bouleversé.
IV
Quand tu te prépares à faire quoi que ce soit, représente-toi bien de quoi il s'agit. Si tu sors pour te baigner, rappelle-toi ce qui se passe aux bains publics : on vous éclabousse, on vous bouscule, on vous injurie, on vous vole. C'est plus sûrement que tu feras ce que tu as à faire si tu t'es dit : « Je vais aller aux bains et exercer ma liberté de choisir en accord avec la nature. » De même pour toutes tes autres tâches. Car, ayant fait cela, s'il arrive quelque chose qui t'empêche de te baigner, tu auras la réponse toute prête : « Je ne voulais pas seulement me baignererres offensives. Tout peuple qui n'a par sa position que l'alternative entre le commerce ou la guerre est faible en lui-même; il dépend de ses voisins, il dépend des événements; il n'a jamais qu'une existence incertaine et courte. Il subjugue et change de situation, ou il est subjugué et n'est rien. Il ne peut se conserver libre qu'à force de petitesse ou de grandeur.
On ne peut donner en calcul un rapport fixe entre l'étete;tait de cet avis : la chose à craindre, c'est l'opinion que la mort est redoutable. Donc, lorsque quelque chose nous contrarie, nous tourmente ou nous chagrine, n'en accusons personne d'autre que nous-mêmes : c'est-à-dire nos opinions. C'est la marque d'un petit esprit de s'en prendre à autrui lorsqu'il échoue dans ce qu'il a entrepris ; celui qui exerce sur soi un travail spirituel s'en prendra à soi-même ; celui qui achèvera ce travail ne s'en prendra ni à soi ni aux autres.
VI
Ne te monte jamais la tête pour une chose où ton mérite n'est pas en cause. Passe encore que ton cheval se monte la tête en disant : « Je suis beau » ; mais que toi, tu sois fier de dire : « J'ai un beau cheval » ! Rends-toi compte que ce qui t'excite c'est le mérite de ton cheval ! Qu'est-ce qui est vraiment à toi ? L'usage que tu fais de tes représentations ; toutes les fois qu'il est conforme à la nature, tu peux être fier de toi : pour le coup, ce dont tu seras fier viendra vraiment de toi.
VII
Pendant un voyage en bateau, si le navire jette l'ancre et que tu mettes pied à terre pour aller chercher de l'eau, tu ramasseras en chemin, ici un bigorneau, là un petit bulbe de plante, mais il te faut concentrer ta pensée sur le navire, te retourner sans cesse au cas o le pilote appelle ; s'il appelle, il faut tout planter là, de peur d'être jeté à fond de cale et ligoté comme du bétail. C'est pareil dans la vie ; si, en guise de bigorneau, on te donne une petite femme ou un esclave, il n'y a pas de mal à cela ; mais quand le pilote t'appelle, cours vers le navire et laisse tout sans te retourner. Et si, en plus, tu n'es plus tout jeune, reste à proximité du navire de peur de manquer l'appel.
VIII
N'attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites ; décide de vouloir ce qui arrive et tu seras heureux.
IX
La maladie est une gêne pour le corps ; pas pour la liberté de choisir, à moins qu'on ne l'abdique soi-même. Avoir un pied trop court est une gêne pour le corps, pas pour la liberté de choisir. Aie cette réponse à l'esprit en toute occasion : tu verras que la gêne est pour les choses ou pour les autres, non pour toi.
X
Devant tout ce qui t'arrive, pense à rentrer en toi-même et cherche quelle faculté tu possèdes pour y faire face. Tu aperçois un beau garçon, une belle fille ? Trouve en toi la tempérance. Tu souffres ? Trouve l'endurance. On t'insulte ? Trouve la patience. En t'exerçant ainsi tu ne seras plus le jouet de tes représentations.
XI
Ne dis jamais, à propos de rien, que tu l'as perdu ; dis : « Je l'ai rendu. » Ton enfant est mort ? Tu l'as rendu. Ta femme est morte ? Tu l'as rendue. « On m'a pris mon champ ! » Eh bien, ton champ aussi, tu l'as rendu. « Mais c'est un scélérat qui me l'a pris ! » Que t'importe le moyen dont s'est servi, pour le reprendre, celui qui te l'avait donné ? En attendant le moment de le rendre, en revanche, prends-en soin comme d'une chose qui ne t'appartient pas, comme font les voyageurs dans une auberge.
XII
1.— Si tu veux faire des progrès, laisse tomber les réflexions du genre : « Si je néglige mes intérêts, je n'aurai même pas de quoi vivre. » « Si je ne suis pas assez sévère avec mon esclave, il me servira mal. » Mieux vaut mourir de faim délivré du chagrin et de la peur, que vivre dans l'abondance au milieu des angoisses. Mieux vaut être mal servi par son esclave que malheureux.
2.— Commence donc par les petites choses. On gaspille ton huile, on vole ton vin ? Dis-toi : c'est le prix de la tranquillité, c'est le prix d'une ‚me sans trouble. On n'a jamais rien pour rien. Quand tu as besoin de ton esclave, souviens-toi qu'il peut ne pas venir et que, s'il vient, il exécutera peut-être tes ordres à tort et à travers. Mais il n'a pas le pouvoir que ta tranquillité dépende de lui.
XIII
Si tu veux progresser, accepte de passer pour un ignorant et un idiot dans tout ce qui concerne les choses extérieures ; n'essaie jamais d'avoir l'air instruit. Si certains ont bonne opinion de toi, méfie-toi. Tu dois savoir qu'il n'est pas facile de suivre ce qu'enjoint la nature en s'attachant aux objets extérieurs : si tu poursuis l'un de ces objectifs, il est inévitable que tu négliges l'autre.
XIV
1.— Si tu souhaites que tes enfants, ta femme et tes amis soient éternels, tu es un fou, car c'est vouloir que ce qui ne dépend pas de toi en dépende ; que ce qui n'est pas à toi t'appartienne. De même, si tu veux un serviteur sans défauts, tu es stupide, puisque tu voudrais que la médiocrité soit autre chose que ce qu'elle est. Mais si tu veux atteindre l'objet de tes désirs, tu le peux. Exerce-toi à ce qui est en ton pouvoir.
2.— Tout homme a pour maître celui qui peut lui apporter ou lui soustraire ce qu'il désire ou ce qu'il craint. Que ceux qui veulent être libres s'abstiennent donc de vouloir ce qui ne dépend pas d'eux seuls : sinon, inévitablement, ils seront esclaves.
XV
Souviens-toi de te comporter comme dans un banquet. Quand le plat, faisant le tour des, convives, arrive devant toi, tends la main et sers-toi comme il convient. S'il te passe sous le nez, n'insiste pas. S'il tarde, ne louche pas dessus en salivant mais attends qu'il arrive devant toi. Fais de même pour les enfants, pour une femme, pour les charges officielles, pour l'argent, et, un jour, tu seras digne de boire à la table des dieux. Mais si, les choses t'étant offertes, tu t'abstiens même d'y toucher, d'y jeter les yeux, tu seras digne non seulement de boire avec les dieux, mais de régner comme eux. C'est ainsi qu'ont vécu Diogène, Héraclite et leurs semblables, s'égalant par là aux dieux et gagnant le renom d'hommes divins.
XVI
Lorsque tu vois quelqu'un se lamenter sur son fils parti en exil, ou parce qu'il a perdu ses biens, ne te laisse pas aller à croire que ces événements font son malheur : ce qui cause du chagrin à cet homme, ce n'est pas ce qui lui arrive (sinon cela ferait le même effet à tel ou tel), mais l'opinion qu'il se fait de cet événement. Cependant, ne refuse pas de t'associer raisonnablement à sa peine, et même, au besoin, pleure avec lui ; prends seulement garde de ne pas pleurer aussi en toi-même.
XVII
Souviens-toi que tu joues dans une pièce qu'a choisie le metteur en scène : courte, s'il l'a voulue courte, longue, s'il l'a voulue longue. S'il te fait jouer le rôle d'un mendiant, joue-le de ton mieux ; et fais de même, que tu joues un boiteux, un homme d'État ou un simple particulier. Le choix du rôle est l'affaire d'un autre.
XVIII
Si un corbeau pousse un cri de mauvais augure, ne te laisse pas entraîner par ton imagination : définis ce dont il s'agit et dis-toi : « Rien de ce qui est annoncé là ne me concerne ; seulement ma petite carcasse, ma petite fortune, ma petite réputation, ma femme ou mes enfants. Quant à moi, pourvu que je le veuille, tous les présages me sont favorables : car, quoi qu'il résulte de ce signe, il est en mon pouvoir de faire tourner la chose à mon profit. »
XIX
1.— Tu peux être invaincu, si jamais tu n'engages de lutte où la victoire ne dépende pas de toi.
2.— Garde-toi d'estimer heureux un homme choisi pour une charge officielle, ou très puissant, ou jouissant, pour une raison ou une autre, de l'estime publique. En effet, si l'essence du bien réside dans ce qui dépend de nous, il n'y a de raison ni d'être jaloux, ni d'être envieux. Quant à toi, ce n'est pas général, magistrat ou consul que tu veux être, mais libre ; or, pour y arriver, il n'y a qu'un chemin : le mépris de ce qui ne dépend pas de nous.
XX
Souviens-toi que ce qui te cause du tort, ce n'est pas qu'on t'insulte ou qu'on te frappe, mais l'opinion que tu as qu'on te fait du tort. Donc, si quelqu'un t'a mis en colère, sache que c'est ton propre jugement le responsable de ta colère. Essaye de ne pas céder à la violence de l'imagination : car, une fois que tu auras examiné la chose, tu seras plus facilement maître de toi.
XXI
Que la mort, l'exil et tout ce qui semble redoutable soient présents à tes yeux tous les jours ; la mort surtout, et jamais tu n'auras de pensées lâches, ni de désirs immodérés.
XXII
Si ton désir te pousse vers la philosophie, prépare-toi à être partout en butte aux moqueries et aux sarcasmes ; à entendre dire : « Voyez-le nous revenir en philosophe ! » ou « Qu'est-ce qui nous vaut ce front superbe ? » Mais toi, garde ton front de tous les jours ; tiens-t'en fermement aux conduites qui te semblent les meilleures, conscient que c'est Dieu qui t'a mis à ce poste. Et souviens-toi que, si tu restes constant dans ces principes, ceux qui au début se moquaient de toi finiront par t'admirer ; tandis que si tu ne te montres pas à la hauteur, on rira de toi deux fois plus fort.
XXIII
S'il t'arrive un jour d'accorder du poids aux objets extérieurs par désir de plaire à quelqu'un, sache que tu réduiras à néant tes principes de vie. Borne-toi donc à être toujours philosophe ; mais si tu tiens aussi à le paraître, que ce soit à tes propres yeux et tu en auras fait assez.
XXIV
1.— Ne te laisse pas décourager par des réflexions du genre : « Je vais vivre sans honneur, je ne serai qu'un zéro. » Si vivre sans honneur est un mal, aucun mal ne peut t'arriver par la faute d'autrui ; rien de honteux non plus. Crois-tu qu'il dépende de tes efforts d'être tiré au sort comme magistrat, invité à un banquet ? Pas du tout. Alors, comment serait-ce un déshonneur de ne pas l'être ? Comment peux-tu dire que tu n'es qu'un zéro, puisque tu n'es tenu d'être quelque chose qu'au regard de ce qui dépend de nous (domaine où tu peux prétendre aux plus grands honneurs) ?
2.— Tes amis resteraient sans secours ? Comment cela ? Ils ne recevraient pas de tes mains leur petite pièce ? Tu ne les ferais pas nommer citoyens romains ? Qui te dit que ces choses-là dépendent de nous et nous regardent ? Qui peut donner à autrui ce qu'il n'a pas lui-même ? - Alors procure-le toi, dira-t-on, pour nous en faire profiter.
3.— Si je peux me le procurer sans déchoir à mes propres yeux, en restant loyal et sans bassesse, qu'on me montre le chemin, j'y vais. Mais si l'on veut que je perde mes biens propres pour vous procurer des choses qui ne sont pas des biens, considérez comme vous êtes injustes et ingrats. Et puis, qu'est-ce que vous aimez le mieux ? De l'argent ou un ami loyal et digne d'estime ? Aidez-moi à être tel au lieu de vouloir que j'agisse d'une façon qui me ferait cesser de l'être.
4.— « Mais, dis-tu, ma patrie resterait sans secours quand je pourrais l'aider. » Là encore, de quelle aide parles-tu ? Tu ne peux lui offrir ni thermes, ni portiques ? Et alors ? Le forgeron lui offre-t-il des chaussures, le cordonnier des armes ? Il suffit à chacun d'accomplir sa tâche. En travaillant à fabriquer pour elle un citoyen de plus, plein de loyauté et de respect de soi, ne ferais-tu rien pour elle ? — Si fait. — Donc, tu peux, par toi-même, lui être utile.
5.— Quelle place aurai-je dans la cité ?-- Celle où tu pourras rester loyal et digne d'estime. Mais si, voulant servir la patrie, tu réduis à néant ces vertus, une fois perdus toute loyauté et tout respect de toi, quels services pourrais-tu lui rendre ?
XXV
1.— Pour un festin, un discours, un conseil, on t'a préféré quelqu'un d'autre. Si ce sont des biens, réjouis-toi qu'ils lui échoient. Si ce sont des maux, ne te plains pas d'y avoir échappé ! D'ailleurs, souviens-toi aussi que si tu n'en fais pas autant que d'autres pour obtenir ce qui ne dépend pas de nous, tu ne peux pas t'attendre aux mêmes résultats qu'eux.
2.— Si tu ne vas pas rendre visite aux gens qui comptent, comment pourrais-tu être récompensé comme ceux qui y courent ? Comment, si tu ne flattes personne, obtenir autant que les flatteurs ? Tu as refusé de payer le prix de ces faveurs et tu voudrais qu'on te les accorde pour rien ? Tu es injuste et insatiable.
3.— Combien coûte une laitue ? Une obole, plus ou moins. Suppose que quelqu'un donne une obole pour une laitue ; si, toi, tu ne donnes rien et ne reçois rien, ne considère pas avoir eu moins que lui : il a sa laitue, toi, l'obole que tu n'as pas donnée.
4.— Eh bien, là encore, c'est la même chose : on ne t'a pas invité à un festin ? C'est que tu n'as pas donné le prix auquel on estimait le repas. Et ce prix, c'étaient flatteries ou services. Donc, si cela te sert, donne ton dû quel qu'en soit le prix. Mais si tu veux être payé de retour sans rien donner, tu n'es qu'un insatiable et un fou.
5.— N'as-tu rien obtenu à la place de ce repas ? Si : l'honneur de n'avoir pas flatté qui tu ne voulais pas, de n'avoir pas eu à supporter la morgue des serviteurs devant sa porte.
XXVI
L'expérience commune nous sert à comprendre ce que veut la nature. Ainsi, quand le jeune esclave du voisin casse une coupe, nous sommes prêts à dire : « Ce sont des choses qui arrivent. » Sache donc que, si c'est une de tes coupes qu'on a cassée, tu dois avoir la même réaction que pour celle du voisin. Applique cette règle aux choses les plus graves. Quelqu'un perd son enfant, sa femme ? Chacun de dire : « Nous sommes tous mortels. » Mais si l'on est soi-même frappé par un deuil, on s'écrie aussitôt : « Hélas, pauvre de moi ! » Nous devrions avoir à l'esprit la réaction que nous avons eue en apprenant la nouvelle à propos de quelqu'un d'autre.
XXVII
De même que la marque n'est pas là pour faire rater la cible, de même il n'y a pas de place pour le mal dans l'ordre universel.
XXVIII
Si on livrait ton corps au premier venu, tu serais indigné ; et pourtant tu livres à n'importe qui ton jugement, avec pouvoir d'y jeter trouble et confusion pour peu qu'on t'injurie, et tu n'as pas honte.
XXIX
1.— Pour tout ce que tu entreprends, examine les tenants et aboutissants avant de passer à l'action. Sans cela, tu seras d'abord plein de zèle, parce que tu ne penseras à rien de ce qui va s'ensuivre, et puis, dès que surgiront les difficultés, tu abandonneras lâchement la partie.
2.— Tu aimerais être vainqueur aux Jeux olympiques ? Moi aussi, par les dieux ! Gagner aux Jeux, c'est bien agréable ! Mais, avant de te lancer, examine un peu les tenants et aboutissants : l'abstinence sexuelle, le régime, le renoncement aux friandises, les exercices sous la contrainte et aux heures réglementaires, qu'on cuise ou qu'il gèle. Il ne faut pas boire frais ; dans certains cas même pas de vin, s'en remettre entièrement à son entraîneur comme à un médecin ; ensuite, en luttant, piétiner dans la poussière au coude à coude avec son adversaire, parfois se démettre un poignet, se tordre la cheville, et peut-être recevoir le fouet pour finalement être vaincu.
3.— Pense à tout cela et après, si tu en as encore envie, entre dans la carrière. Sinon, tu ne seras qu'un gamin qui joue tantôt aux lutteurs, tantôt aux gladiateurs, tantôt aux sonneurs de trompette, tantôt aux acteurs de tragédie. Un jour tu seras athlète, un autre gladiateur, un autre rhéteur, un autre philosophe, mais jamais tu ne seras rien à fond. Comme un singe, tu imiteras tout ce que tu vois, et tu choisiras tantôt une chose, tantôt l'autre. Car tu ne te seras pas mis à la tâche après réflexion, en ayant fait le tour de la question, mais au petit bonheur, poussé par une éphémère envie.
4.— C'est ainsi que d'aucuns, en voyant un philosophe, en l'entendant parler comme Euphratès (et pourtant, qui pourrait se vanter de parler comme lui ?), veulent aussitôt se lancer dans la philosophie.
5.— Mais, mon brave, il faut d'abord examiner ce dont il s'agit ! Bien observer ton caractère pour voir si tu pourras tenir. Tu as envie d'être champion au pentathlon ou à la lutte ? Regarde tes biceps, tes cuisses, tes reins. Nous ne sommes pas tous doués pour les mêmes choses.
6.— Crois-tu, en te mettant à la philosophie, que tu pourras boire et manger comme à présent, céder à tes désirs et te laisser emporter par la colère comme à présent ? Il te faudra veiller, souffrir, quitter tes proches, endurer le mépris d'un petit esclave, être tourné en dérision par les passants et, toujours, avoir le dessous, qu'il s'agisse d'honneurs officiels, du pouvoir, de procès, ou d'autres affaires de même farine.
7.— Voilà ce qu'il te faut examiner. Seras-tu prêt, alors, à payer de ce prix l'insensibilité aux émotions, la liberté, la sérénité ? Si c'est non, Il ne va pas plus loin. Ne sois pas, comme les enfants, philosophe un jour, percepteur impôts le lendemain, et puis rhéteur, et puis encore procurateur de César : tout cela ne fait pas bon ménage ! Il faut que tu sois un ; bon ou mauvais, il te faut cultiver ou bien la part qui dirige ton âme, ou alors tes biens matériels ; consacrer tes efforts au dedans ou au dehors ; c'est-à-dire régler ta vie en philosophe ou en homme ordinaire.
XXX
La plupart du temps, notre conduite se mesure à l'aune de nos relations. Celui-ci est mon père ? Je dois prendre soin de lui, lui céder en tout, supporter ses injures, ses coups. « Mais, c'est un mauvais père ! » Eh bien, la nature ne t'a pas fixé pour rôle de vivre avec un bon père, mais avec un père. « Mon frère me fait du tort ! » Alors garde, vis-à-vis de lui, le poste qui est le tien et ne te demande pas comment il se conduit, mais comment, toi, tu dois te conduire pour suivre, dans tes choix, ce qu'enjoint la nature. Personne ne te fera de mal, à moins que tu n'y consentes ; le mal ne viendra que lorsque tu jugeras qu'on te fait du mal. De la même façon, examine ce que doivent être tes relations avec tes voisins, tes concitoyens, le gouverneur de ta province, et tu sauras quelle conduite adopter à l'égard de chacun d'eux.
le contraire de l'erreur n'est pas la vérité mais le doute ...
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toutenglisse
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Ἀντιγόνη
ὦ κοινὸν αὐτάδελφον Ἰσμήνης κάρα,
ἆρ᾽ οἶσθ᾽ ὅ τι Ζεὺς τῶν ἀπ᾽ Οἰδίπου κακῶν
ὁποῖον οὐχὶ νῷν ἔτι ζώσαιν τελεῖ;
οὐδὲν γὰρ οὔτ᾽ ἀλγεινὸν οὔτ᾽ ἄτης ἄτερ
οὔτ᾽ αἰσχρὸν οὔτ᾽ ἄτιμόν ἐσθ᾽, ὁποῖον οὐ 5
τῶν σῶν τε κἀμῶν οὐκ ὄπωπ᾽ ἐγὼ κακῶν.
καὶ νῦν τί τοῦτ᾽ αὖ φασι πανδήμῳ πόλει
κήρυγμα θεῖναι τὸν στρατηγὸν ἀρτίως;
ἔχεις τι κεἰσήκουσας; ἤ σε λανθάνει
πρὸς τοὺς φίλους στείχοντα τῶν ἐχθρῶν κακά; 10
PROLOGUE
ANTIGONE.
- Ô chère tête fraternelle d'Ismène, sais-tu quels sont les maux venus d'oedipe que Zeus ne nous inflige pas, à nous qui vivons encore ? En effet, il n'est rien de cruel, d'amer, de honteux et d'ignominieux que je n'aie vu parmi tes maux et les miens. Et, maintenant, quel est cet édit récent que le maître de la Ville a imposé à tous les citoyens ? Le connais-tu ? L'as-tu entendu ? Ou les maux te sont-ils cachés qu'on médite contre nos amis et qu'on a coutume de souffrir de la part d'un ennemi ?
Ἰσμήνη
ἐμοὶ μὲν οὐδεὶς μῦθος, Ἀντιγόνη φίλων
οὔθ᾽ ἡδὺς οὔτ᾽ ἀλγεινὸς ἵκετ᾽ ἐξ ὅτου
δυοῖν ἀδελφοῖν ἐστερήθημεν δύο,
μιᾷ θανόντοιν ἡμέρᾳ διπλῇ χερί·
ἐπεὶ δὲ φροῦδός ἐστιν Ἀργείων στρατὸς 15
ἐν νυκτὶ τῇ νῦν, οὐδὲν οἶδ᾽ ὑπέρτερον,
οὔτ᾽ εὐτυχοῦσα μᾶλλον οὔτ᾽ ἀτωμένη.
ISMÈNE.
- Aucune nouvelle de nos amis, Antigone, n'est venue à moi, joyeuse ou triste, depuis que nous avons été privées de nos deux frères, morts en un seul jour, l'un par l'autre. L'armée des Argiens s'en étant allée cette nuit, je ne sais rien de plus qui puisse me rendre plus heureuse ou plus malheureuse.
Ἀντιγόνη
ᾔδη καλῶς, καί σ᾽ ἐκτὸς αὐλείων πυλῶν
τοῦδ᾽ οὕνεκ᾽ ἐξέπεμπον, ὡς μόνη κλύοις.
ANTIGONE.
- Je le sais bien ; mais je t'ai demandé de sortir de la demeure, afin que tu m'entendisses seule.
Ἰσμήνη
τί δ᾽ ἔστι; δηλοῖς γάρ τι καλχαίνουσ᾽ ἔπος. 20
ISMÈNE.
- Qu'est-ce ? Il est manifeste que tu roules quelque chose dans ton esprit.
Ἀντιγόνη
οὐ γὰρ τάφου νῷν τὼ κασιγνήτω Κρέων
τὸν μὲν προτίσας, τὸν δ᾽ ἀτιμάσας ἔχει;
Ἐτεοκλέα μέν, ὡς λέγουσι, σὺν δίκης
χρήσει δικαίᾳ καὶ νόμου κατὰ χθονὸς
ἔκρυψε τοῖς ἔνερθεν ἔντιμον νεκροῖς· 25
τὸν δ᾽ ἀθλίως θανόντα Πολυνείκους νέκυν
ἀστοῖσί φασιν ἐκκεκηρῦχθαι τὸ μὴ
τάφῳ καλύψαι μηδὲ κωκῦσαί τινα,
ἐᾶν δ᾽ ἄκλαυτον, ἄταφον, οἰωνοῖς γλυκὺν
θησαυρὸν εἰσορῶσι πρὸς χάριν βορᾶς. 30
τοιαῦτά φασι τὸν ἀγαθὸν Κρέοντα σοὶ
κἀμοί, λέγω γὰρ κἀμέ, κηρύξαντ᾽ ἔχειν,
καὶ δεῦρο νεῖσθαι ταῦτα τοῖσι μὴ εἰδόσιν
σαφῆ προκηρύξοντα, καὶ τὸ πρᾶγμ᾽ ἄγειν
οὐχ ὡς παρ᾽ οὐδέν, ἀλλ᾽ ὃς ἂν τούτων τι δρᾷ, 35
φόνον προκεῖσθαι δημόλευστον ἐν πόλει.
οὕτως ἔχει σοι ταῦτα, καὶ δείξεις τάχα
εἴτ᾽ εὐγενὴς πέφυκας εἴτ᾽ ἐσθλῶν κακή.
ANTIGONE.
- Créon n'a-t-il pas décrété les honneurs de la sépulture pour l'un de nos frères, en les refusant indignement à l'autre ? On dit qu'il a enfermé Etéocle dans la terre, pour qu'il fût honoré des morts ; mais il a défendu aux citoyens de mettre au tombeau le misérable cadavre de Polynice mort et de le pleurer. Et on doit le livrer, non enseveli, non pleuré, en proie aux oiseaux carnassiers à qui cette pâture est agréable. On dit que le bon Créon a décrété cela pour toi et pour moi, certes, pour moi, et qu'il va venir ici afin de l'annoncer hautement à ceux qui l'ignorent. Et il ne pense point que ce soit une chose vaine. Celui qui agira contre ce décret devra être écrasé de pierres par le peuple, dans la Ville. Voilà ce qui te menace, et tu montreras avant peu si tu es bien née ou si tu es la fille lâche de pères irréprochables.
Ἰσμήνη
τί δ᾽, ὦ ταλαῖφρον, εἰ τάδ᾽ ἐν τούτοις, ἐγὼ
λύουσ᾽ ἂν ἢ ᾽φάπτουσα προσθείμην πλέον; 40
ISMÈNE.
- Ô malheureuse ! si la chose est telle, à quoi me résoudre ?
Ἀντιγόνη
εἰ ξυμπονήσεις καὶ ξυνεργάσει σκόπει.
ANTIGONE.
- Vois si tu veux agir avec moi et m'aider !
Ἰσμήνη
ποῖόν τι κινδύνευμα; ποῦ γνώμης ποτ᾽ εἰ;
ISMÈNE.
- Que médites-tu ? Quelle est ta pensée ?
Ἀντιγόνη
εἰ τὸν νεκρὸν ξὺν τῇδε κουφιεῖς χερί.
ANTIGONE.
- Veux-tu enlever le cadavre avec moi ?
Ἰσμήνη
ἢ γὰρ νοεῖς θάπτειν σφ᾽, ἀπόρρητον πόλει;
ISMÈNE.
- Penses-tu à l'ensevelir, quand cela est défendu aux citoyens ?
Ἀντιγόνη
τὸν γοῦν ἐμὸν καὶ τὸν σόν ἢν σὺ μὴ θέλῃς 45
ἀδελφόν· οὐ γὰρ δὴ προδοῦσ᾽ ἁλώσομαι.
ANTIGONE.
- Certes, j'ensevelirai mon frère qui est le tien, si tu ne le veux pas. Jamais on ne m'accusera de trahison.
Ἰσμήνη
ὦ σχετλία, Κρέοντος ἀντειρηκότος;
ISMÈNE.
- Ô malheureuse ! Puisque Créon l'a défendu ?
Ἀντιγόνη
ἀλλ᾽ οὐδὲν αὐτῷ τῶν ἐμῶν μ᾽ εἴργειν μέτα.
ANTIGONE.
- Il n'a nul droit de me repousser loin des miens.
Ἰσμήνη
οἴμοι. φρόνησον, ὦ κασιγνήτη, πατὴρ
ὡς νῷν ἀπεχθὴς δυσκλεής τ᾽ ἀπώλετο, 50
πρὸς αὐτοφώρων ἀμπλακημάτων διπλᾶς
ὄψεις ἀράξας αὐτὸς αὐτουργῷ χερί.
ἔπειτα μήτηρ καὶ γυνή, διπλοῦν ἔπος,
πλεκταῖσιν ἀρτάναισι λωβᾶται βίον·
τρίτον δ᾽ ἀδελφὼ δύο μίαν καθ᾽ ἡμέραν 55
αὐτοκτονοῦντε τὼ ταλαιπώρω μόρον
κοινὸν κατειργάσαντ᾽ ἐπαλλήλοιν χεροῖν.
νῦν δ᾽ αὖ μόνα δὴ νὼ λελειμμένα σκόπει
ὅσῳ κάκιστ᾽ ὀλούμεθ᾽, εἰ νόμου βίᾳ
ψῆφον τυράννων ἢ κράτη παρέξιμεν. 60
ἀλλ᾽ ἐννοεῖν χρὴ τοῦτο μὲν γυναῖχ᾽ ὅτι
ἔφυμεν, ὡς πρὸς ἄνδρας οὐ μαχουμένα.
ἔπειτα δ᾽ οὕνεκ᾽ ἀρχόμεσθ᾽ ἐκ κρεισσόνων,
καὶ ταῦτ᾽ ἀκούειν κἄτι τῶνδ᾽ ἀλγίονα.
ἐγὼ μὲν οὖν αἰτοῦσα τοὺς ὑπὸ χθονὸς 65
ξύγγνοιαν ἴσχειν, ὡς βιάζομαι τάδε,
τοῖς ἐν τέλει βεβῶσι πείσομαι· τὸ γὰρ
περισσὰ πράσσειν οὐκ ἔχει νοῦν οὐδένα.
ISMÈNE.
- Hélas ! songe, ô sœur, que notre père est mort détesté et méprisé, et qu'ayant connu ses actions impies, il s'est arraché les deux yeux de sa propre main ; que celle qui portait le double nom de sa mère et de son épouse, s'affranchit de la vie à l'aide d'un lacet terrible ; et que nos deux frères enfin, en un même jour, se tuant eux-mêmes, les malheureux ! se sont donné la mort l'un l'autre. Maintenant que nous voici toutes deux seules, songe que nous devrons mourir plus lamentablement encore, si, contre la loi, nous méprisons la force et la puissance des maîtres. Il faut penser que nous sommes femmes, impuissantes à lutter contre des hommes, et que, soumises à ceux qui sont les plus forts, nous devons leur obéir, même en des choses plus dures. Pour moi, ayant prié les Ombres souterraines de me pardonner, parce que je suis contrainte par la violence, je cèderai à ceux qui possèdent la puissance, car il est insensé de tenter au delà de ses forces.
Ἀντιγόνη
οὔτ᾽ ἂν κελεύσαιμ᾽ οὔτ᾽ ἄν, εἰ θέλοις ἔτι
πράσσειν, ἐμοῦ γ᾽ ἂν ἡδέως δρῴης μέτα. 70
ἀλλ᾽ ἴσθ᾽ ὁποῖά σοι δοκεῖ, κεῖνον δ᾽ ἐγὼ
θάψω· καλόν μοι τοῦτο ποιούσῃ θανεῖν.
φίλη μετ᾽ αὐτοῦ κείσομαι, φίλου μέτα,
ὅσια πανουργήσασ᾽. ἐπεὶ πλείων χρόνος
ὃν δεῖ μ᾽ ἀρέσκειν τοῖς κάτω τῶν ἐνθάδε. 75
ἐκεῖ γὰρ αἰεὶ κείσομαι· σοὶ δ᾽, εἰ δοκεῖ,
τὰ τῶν θεῶν ἔντιμ᾽ ἀτιμάσασ᾽ ἔχε.
ANTIGONE.
- Je ne demanderai plus rien. Même si tu voulais agir avec moi, je ne me servirai pas volontiers de toi. Fais ce que tu veux, mais moi, je l'ensevelirai, et il me sera beau de mourir pour cela. Ayant commis un crime pieux, chère je me coucherai auprès de qui m'est cher ; car j'aurai plus longtemps à plaire à ceux qui sont sous terre qu'à ceux qui sont ici. C'est là que je serai couchée pour toujours. Mais toi, méprise à ton gré ce qu'il y a de plus sacré pour les Dieux.
Ἰσμήνη
ἐγὼ μὲν οὐκ ἄτιμα ποιοῦμαι, τὸ δὲ
βίᾳ πολιτῶν δρᾶν ἔφυν ἀμήχανος.
ISMÈNE.
- Je ne le méprise pas, mais je n'ai pas la force de rien faire malgré les citoyens.
Ἀντιγόνη
σὺ μὲν τάδ᾽ ἂν προὔχοι᾽· ἐγὼ δὲ δὴ τάφον 80
χώσουσ᾽ ἀδελφῷ φιλτάτῳ πορεύσομαι.
ANTIGONE.
- Prends ce prétexte. Moi j'irai élever un tombeau à mon très-cher frère.
Ἰσμήνη
οἴμοι ταλαίνης, ὡς ὑπερδέδοικά σου.
ISMÈNE.
- Hélas ! combien je crains pour toi, malheureuse !
Ἀντιγόνη
μὴ ᾽μοῦ προτάρβει· τὸν σὸν ἐξόρθου πότμον.
ANTIGONE.
- Ne crains rien pour moi ; ne t'inquiète que de ce qui te regarde.
Ἰσμήνη
ἀλλ᾽ οὖν προμηνύσῃς γε τοῦτο μηδενὶ
τοὔργον, κρυφῇ δὲ κεῦθε, σὺν δ᾽ αὔτως ἐγώ. 85
ISMÈNE.
- Ne confie au moins ton dessein à personne. Agis secrètement. Je me tairai aussi
Ἀντιγόνη
οἴμοι, καταύδα· πολλὸν ἐχθίων ἔσει
σιγῶσ᾽, ἐὰν μὴ πᾶσι κηρύξῃς τάδε.
ANTIGONE.
- Hélas ! parle hautement. Tu me seras plus odieuse si tu te tais que si tu révèles ceci à tous.
Ἰσμήνη
θερμὴν ἐπὶ ψυχροῖσι καρδίαν ἔχεις.
ISMÈNE.
- Tu as un cœur chaud pour ce qui exige le sang-froid.
Ἀντιγόνη
ἀλλ᾽ οἶδ᾽ ἀρέσκουσ᾽ οἷς μάλισθ᾽ ἁδεῖν με χρή.
ANTIGONE.
- Je plais ainsi, je le sais, à ceux auxquels il convient que je plaise.
Ἰσμήνη
εἰ καὶ δυνήσει γ᾽· ἀλλ᾽ ἀμηχάνων ἐρᾷς. 90
ISMÈNE.
- Si tu le peux, pourtant ; mais tu tentes au delà de tes forces.
Ἀντιγόνη
οὐκοῦν, ὅταν δὴ μὴ σθένω, πεπαύσομαι.
ANTIGONE.
- Je m'arrêterai donc quand je ne pourrai faire plus.
Ἰσμήνη
ἀρχὴν δὲ θηρᾶν οὐ πρέπει τἀμήχανα.
ISMÈNE.
- Quand les choses sont au-dessus de nos forces, il convient de ne pas les tenter
Ἀντιγόνη
εἰ ταῦτα λέξεις, ἐχθαρεῖ μὲν ἐξ ἐμοῦ,
ἐχθρὰ δὲ τῷ θανόντι προσκείσει δίκῃ.
ἀλλ᾽ ἔα με καὶ τὴν ἐξ ἐμοῦ δυσβουλίαν 95
παθεῖν τὸ δεινὸν τοῦτο· πείσομαι γὰρ οὐ
τοσοῦτον οὐδὲν ὥστε μὴ οὐ καλῶς θανεῖν.
ANTIGONE.
- Si tu parles ainsi, je te prendrai en haine et tu seras justement odieuse à celui qui est mort. Mais laisse-moi braver ce que j'ose, car, certes, quelque destinée cruelle que je subisse, je mourrai glorieusement.
Ἰσμήνη
ἀλλ᾽ εἰ δοκεῖ σοι, στεῖχε· τοῦτο δ᾽ ἴσθ᾽ ὅτι
ἄνους μὲν ἔρχει, τοῖς φίλοις δ᾽ ὀρθῶς φίλη.
ISMÈNE.
- Si cela te semble ainsi, va ! Sache que tu es insensée, mais que tu aimes sincèrement tes amis.

ὦ κοινὸν αὐτάδελφον Ἰσμήνης κάρα,
ἆρ᾽ οἶσθ᾽ ὅ τι Ζεὺς τῶν ἀπ᾽ Οἰδίπου κακῶν
ὁποῖον οὐχὶ νῷν ἔτι ζώσαιν τελεῖ;
οὐδὲν γὰρ οὔτ᾽ ἀλγεινὸν οὔτ᾽ ἄτης ἄτερ
οὔτ᾽ αἰσχρὸν οὔτ᾽ ἄτιμόν ἐσθ᾽, ὁποῖον οὐ 5
τῶν σῶν τε κἀμῶν οὐκ ὄπωπ᾽ ἐγὼ κακῶν.
καὶ νῦν τί τοῦτ᾽ αὖ φασι πανδήμῳ πόλει
κήρυγμα θεῖναι τὸν στρατηγὸν ἀρτίως;
ἔχεις τι κεἰσήκουσας; ἤ σε λανθάνει
πρὸς τοὺς φίλους στείχοντα τῶν ἐχθρῶν κακά; 10
PROLOGUE
ANTIGONE.
- Ô chère tête fraternelle d'Ismène, sais-tu quels sont les maux venus d'oedipe que Zeus ne nous inflige pas, à nous qui vivons encore ? En effet, il n'est rien de cruel, d'amer, de honteux et d'ignominieux que je n'aie vu parmi tes maux et les miens. Et, maintenant, quel est cet édit récent que le maître de la Ville a imposé à tous les citoyens ? Le connais-tu ? L'as-tu entendu ? Ou les maux te sont-ils cachés qu'on médite contre nos amis et qu'on a coutume de souffrir de la part d'un ennemi ?
Ἰσμήνη
ἐμοὶ μὲν οὐδεὶς μῦθος, Ἀντιγόνη φίλων
οὔθ᾽ ἡδὺς οὔτ᾽ ἀλγεινὸς ἵκετ᾽ ἐξ ὅτου
δυοῖν ἀδελφοῖν ἐστερήθημεν δύο,
μιᾷ θανόντοιν ἡμέρᾳ διπλῇ χερί·
ἐπεὶ δὲ φροῦδός ἐστιν Ἀργείων στρατὸς 15
ἐν νυκτὶ τῇ νῦν, οὐδὲν οἶδ᾽ ὑπέρτερον,
οὔτ᾽ εὐτυχοῦσα μᾶλλον οὔτ᾽ ἀτωμένη.
ISMÈNE.
- Aucune nouvelle de nos amis, Antigone, n'est venue à moi, joyeuse ou triste, depuis que nous avons été privées de nos deux frères, morts en un seul jour, l'un par l'autre. L'armée des Argiens s'en étant allée cette nuit, je ne sais rien de plus qui puisse me rendre plus heureuse ou plus malheureuse.
Ἀντιγόνη
ᾔδη καλῶς, καί σ᾽ ἐκτὸς αὐλείων πυλῶν
τοῦδ᾽ οὕνεκ᾽ ἐξέπεμπον, ὡς μόνη κλύοις.
ANTIGONE.
- Je le sais bien ; mais je t'ai demandé de sortir de la demeure, afin que tu m'entendisses seule.
Ἰσμήνη
τί δ᾽ ἔστι; δηλοῖς γάρ τι καλχαίνουσ᾽ ἔπος. 20
ISMÈNE.
- Qu'est-ce ? Il est manifeste que tu roules quelque chose dans ton esprit.
Ἀντιγόνη
οὐ γὰρ τάφου νῷν τὼ κασιγνήτω Κρέων
τὸν μὲν προτίσας, τὸν δ᾽ ἀτιμάσας ἔχει;
Ἐτεοκλέα μέν, ὡς λέγουσι, σὺν δίκης
χρήσει δικαίᾳ καὶ νόμου κατὰ χθονὸς
ἔκρυψε τοῖς ἔνερθεν ἔντιμον νεκροῖς· 25
τὸν δ᾽ ἀθλίως θανόντα Πολυνείκους νέκυν
ἀστοῖσί φασιν ἐκκεκηρῦχθαι τὸ μὴ
τάφῳ καλύψαι μηδὲ κωκῦσαί τινα,
ἐᾶν δ᾽ ἄκλαυτον, ἄταφον, οἰωνοῖς γλυκὺν
θησαυρὸν εἰσορῶσι πρὸς χάριν βορᾶς. 30
τοιαῦτά φασι τὸν ἀγαθὸν Κρέοντα σοὶ
κἀμοί, λέγω γὰρ κἀμέ, κηρύξαντ᾽ ἔχειν,
καὶ δεῦρο νεῖσθαι ταῦτα τοῖσι μὴ εἰδόσιν
σαφῆ προκηρύξοντα, καὶ τὸ πρᾶγμ᾽ ἄγειν
οὐχ ὡς παρ᾽ οὐδέν, ἀλλ᾽ ὃς ἂν τούτων τι δρᾷ, 35
φόνον προκεῖσθαι δημόλευστον ἐν πόλει.
οὕτως ἔχει σοι ταῦτα, καὶ δείξεις τάχα
εἴτ᾽ εὐγενὴς πέφυκας εἴτ᾽ ἐσθλῶν κακή.
ANTIGONE.
- Créon n'a-t-il pas décrété les honneurs de la sépulture pour l'un de nos frères, en les refusant indignement à l'autre ? On dit qu'il a enfermé Etéocle dans la terre, pour qu'il fût honoré des morts ; mais il a défendu aux citoyens de mettre au tombeau le misérable cadavre de Polynice mort et de le pleurer. Et on doit le livrer, non enseveli, non pleuré, en proie aux oiseaux carnassiers à qui cette pâture est agréable. On dit que le bon Créon a décrété cela pour toi et pour moi, certes, pour moi, et qu'il va venir ici afin de l'annoncer hautement à ceux qui l'ignorent. Et il ne pense point que ce soit une chose vaine. Celui qui agira contre ce décret devra être écrasé de pierres par le peuple, dans la Ville. Voilà ce qui te menace, et tu montreras avant peu si tu es bien née ou si tu es la fille lâche de pères irréprochables.
Ἰσμήνη
τί δ᾽, ὦ ταλαῖφρον, εἰ τάδ᾽ ἐν τούτοις, ἐγὼ
λύουσ᾽ ἂν ἢ ᾽φάπτουσα προσθείμην πλέον; 40
ISMÈNE.
- Ô malheureuse ! si la chose est telle, à quoi me résoudre ?
Ἀντιγόνη
εἰ ξυμπονήσεις καὶ ξυνεργάσει σκόπει.
ANTIGONE.
- Vois si tu veux agir avec moi et m'aider !
Ἰσμήνη
ποῖόν τι κινδύνευμα; ποῦ γνώμης ποτ᾽ εἰ;
ISMÈNE.
- Que médites-tu ? Quelle est ta pensée ?
Ἀντιγόνη
εἰ τὸν νεκρὸν ξὺν τῇδε κουφιεῖς χερί.
ANTIGONE.
- Veux-tu enlever le cadavre avec moi ?
Ἰσμήνη
ἢ γὰρ νοεῖς θάπτειν σφ᾽, ἀπόρρητον πόλει;
ISMÈNE.
- Penses-tu à l'ensevelir, quand cela est défendu aux citoyens ?
Ἀντιγόνη
τὸν γοῦν ἐμὸν καὶ τὸν σόν ἢν σὺ μὴ θέλῃς 45
ἀδελφόν· οὐ γὰρ δὴ προδοῦσ᾽ ἁλώσομαι.
ANTIGONE.
- Certes, j'ensevelirai mon frère qui est le tien, si tu ne le veux pas. Jamais on ne m'accusera de trahison.
Ἰσμήνη
ὦ σχετλία, Κρέοντος ἀντειρηκότος;
ISMÈNE.
- Ô malheureuse ! Puisque Créon l'a défendu ?
Ἀντιγόνη
ἀλλ᾽ οὐδὲν αὐτῷ τῶν ἐμῶν μ᾽ εἴργειν μέτα.
ANTIGONE.
- Il n'a nul droit de me repousser loin des miens.
Ἰσμήνη
οἴμοι. φρόνησον, ὦ κασιγνήτη, πατὴρ
ὡς νῷν ἀπεχθὴς δυσκλεής τ᾽ ἀπώλετο, 50
πρὸς αὐτοφώρων ἀμπλακημάτων διπλᾶς
ὄψεις ἀράξας αὐτὸς αὐτουργῷ χερί.
ἔπειτα μήτηρ καὶ γυνή, διπλοῦν ἔπος,
πλεκταῖσιν ἀρτάναισι λωβᾶται βίον·
τρίτον δ᾽ ἀδελφὼ δύο μίαν καθ᾽ ἡμέραν 55
αὐτοκτονοῦντε τὼ ταλαιπώρω μόρον
κοινὸν κατειργάσαντ᾽ ἐπαλλήλοιν χεροῖν.
νῦν δ᾽ αὖ μόνα δὴ νὼ λελειμμένα σκόπει
ὅσῳ κάκιστ᾽ ὀλούμεθ᾽, εἰ νόμου βίᾳ
ψῆφον τυράννων ἢ κράτη παρέξιμεν. 60
ἀλλ᾽ ἐννοεῖν χρὴ τοῦτο μὲν γυναῖχ᾽ ὅτι
ἔφυμεν, ὡς πρὸς ἄνδρας οὐ μαχουμένα.
ἔπειτα δ᾽ οὕνεκ᾽ ἀρχόμεσθ᾽ ἐκ κρεισσόνων,
καὶ ταῦτ᾽ ἀκούειν κἄτι τῶνδ᾽ ἀλγίονα.
ἐγὼ μὲν οὖν αἰτοῦσα τοὺς ὑπὸ χθονὸς 65
ξύγγνοιαν ἴσχειν, ὡς βιάζομαι τάδε,
τοῖς ἐν τέλει βεβῶσι πείσομαι· τὸ γὰρ
περισσὰ πράσσειν οὐκ ἔχει νοῦν οὐδένα.
ISMÈNE.
- Hélas ! songe, ô sœur, que notre père est mort détesté et méprisé, et qu'ayant connu ses actions impies, il s'est arraché les deux yeux de sa propre main ; que celle qui portait le double nom de sa mère et de son épouse, s'affranchit de la vie à l'aide d'un lacet terrible ; et que nos deux frères enfin, en un même jour, se tuant eux-mêmes, les malheureux ! se sont donné la mort l'un l'autre. Maintenant que nous voici toutes deux seules, songe que nous devrons mourir plus lamentablement encore, si, contre la loi, nous méprisons la force et la puissance des maîtres. Il faut penser que nous sommes femmes, impuissantes à lutter contre des hommes, et que, soumises à ceux qui sont les plus forts, nous devons leur obéir, même en des choses plus dures. Pour moi, ayant prié les Ombres souterraines de me pardonner, parce que je suis contrainte par la violence, je cèderai à ceux qui possèdent la puissance, car il est insensé de tenter au delà de ses forces.
Ἀντιγόνη
οὔτ᾽ ἂν κελεύσαιμ᾽ οὔτ᾽ ἄν, εἰ θέλοις ἔτι
πράσσειν, ἐμοῦ γ᾽ ἂν ἡδέως δρῴης μέτα. 70
ἀλλ᾽ ἴσθ᾽ ὁποῖά σοι δοκεῖ, κεῖνον δ᾽ ἐγὼ
θάψω· καλόν μοι τοῦτο ποιούσῃ θανεῖν.
φίλη μετ᾽ αὐτοῦ κείσομαι, φίλου μέτα,
ὅσια πανουργήσασ᾽. ἐπεὶ πλείων χρόνος
ὃν δεῖ μ᾽ ἀρέσκειν τοῖς κάτω τῶν ἐνθάδε. 75
ἐκεῖ γὰρ αἰεὶ κείσομαι· σοὶ δ᾽, εἰ δοκεῖ,
τὰ τῶν θεῶν ἔντιμ᾽ ἀτιμάσασ᾽ ἔχε.
ANTIGONE.
- Je ne demanderai plus rien. Même si tu voulais agir avec moi, je ne me servirai pas volontiers de toi. Fais ce que tu veux, mais moi, je l'ensevelirai, et il me sera beau de mourir pour cela. Ayant commis un crime pieux, chère je me coucherai auprès de qui m'est cher ; car j'aurai plus longtemps à plaire à ceux qui sont sous terre qu'à ceux qui sont ici. C'est là que je serai couchée pour toujours. Mais toi, méprise à ton gré ce qu'il y a de plus sacré pour les Dieux.
Ἰσμήνη
ἐγὼ μὲν οὐκ ἄτιμα ποιοῦμαι, τὸ δὲ
βίᾳ πολιτῶν δρᾶν ἔφυν ἀμήχανος.
ISMÈNE.
- Je ne le méprise pas, mais je n'ai pas la force de rien faire malgré les citoyens.
Ἀντιγόνη
σὺ μὲν τάδ᾽ ἂν προὔχοι᾽· ἐγὼ δὲ δὴ τάφον 80
χώσουσ᾽ ἀδελφῷ φιλτάτῳ πορεύσομαι.
ANTIGONE.
- Prends ce prétexte. Moi j'irai élever un tombeau à mon très-cher frère.
Ἰσμήνη
οἴμοι ταλαίνης, ὡς ὑπερδέδοικά σου.
ISMÈNE.
- Hélas ! combien je crains pour toi, malheureuse !
Ἀντιγόνη
μὴ ᾽μοῦ προτάρβει· τὸν σὸν ἐξόρθου πότμον.
ANTIGONE.
- Ne crains rien pour moi ; ne t'inquiète que de ce qui te regarde.
Ἰσμήνη
ἀλλ᾽ οὖν προμηνύσῃς γε τοῦτο μηδενὶ
τοὔργον, κρυφῇ δὲ κεῦθε, σὺν δ᾽ αὔτως ἐγώ. 85
ISMÈNE.
- Ne confie au moins ton dessein à personne. Agis secrètement. Je me tairai aussi
Ἀντιγόνη
οἴμοι, καταύδα· πολλὸν ἐχθίων ἔσει
σιγῶσ᾽, ἐὰν μὴ πᾶσι κηρύξῃς τάδε.
ANTIGONE.
- Hélas ! parle hautement. Tu me seras plus odieuse si tu te tais que si tu révèles ceci à tous.
Ἰσμήνη
θερμὴν ἐπὶ ψυχροῖσι καρδίαν ἔχεις.
ISMÈNE.
- Tu as un cœur chaud pour ce qui exige le sang-froid.
Ἀντιγόνη
ἀλλ᾽ οἶδ᾽ ἀρέσκουσ᾽ οἷς μάλισθ᾽ ἁδεῖν με χρή.
ANTIGONE.
- Je plais ainsi, je le sais, à ceux auxquels il convient que je plaise.
Ἰσμήνη
εἰ καὶ δυνήσει γ᾽· ἀλλ᾽ ἀμηχάνων ἐρᾷς. 90
ISMÈNE.
- Si tu le peux, pourtant ; mais tu tentes au delà de tes forces.
Ἀντιγόνη
οὐκοῦν, ὅταν δὴ μὴ σθένω, πεπαύσομαι.
ANTIGONE.
- Je m'arrêterai donc quand je ne pourrai faire plus.
Ἰσμήνη
ἀρχὴν δὲ θηρᾶν οὐ πρέπει τἀμήχανα.
ISMÈNE.
- Quand les choses sont au-dessus de nos forces, il convient de ne pas les tenter
Ἀντιγόνη
εἰ ταῦτα λέξεις, ἐχθαρεῖ μὲν ἐξ ἐμοῦ,
ἐχθρὰ δὲ τῷ θανόντι προσκείσει δίκῃ.
ἀλλ᾽ ἔα με καὶ τὴν ἐξ ἐμοῦ δυσβουλίαν 95
παθεῖν τὸ δεινὸν τοῦτο· πείσομαι γὰρ οὐ
τοσοῦτον οὐδὲν ὥστε μὴ οὐ καλῶς θανεῖν.
ANTIGONE.
- Si tu parles ainsi, je te prendrai en haine et tu seras justement odieuse à celui qui est mort. Mais laisse-moi braver ce que j'ose, car, certes, quelque destinée cruelle que je subisse, je mourrai glorieusement.
Ἰσμήνη
ἀλλ᾽ εἰ δοκεῖ σοι, στεῖχε· τοῦτο δ᾽ ἴσθ᾽ ὅτι
ἄνους μὲν ἔρχει, τοῖς φίλοις δ᾽ ὀρθῶς φίλη.
ISMÈNE.
- Si cela te semble ainsi, va ! Sache que tu es insensée, mais que tu aimes sincèrement tes amis.
le contraire de l'erreur n'est pas la vérité mais le doute ...
-
toutenglisse
- Ministre de l'intéchieur
- Messages : 17009
- Inscription : mar. févr. 21, 2006 10:09 pm
- Localisation : +toulouse-France
ôtez moi d'un doute, mais la R32, ce n'est pas une vraie 4 roues motrices
pour les autres, j'ai du mal à vous suivre, moi je roule tous les jours à gauche, mais je conduis à gauche ou au milieu du poste de conduite
c'est vrai que ça se fait bien
pour les autres, j'ai du mal à vous suivre, moi je roule tous les jours à gauche, mais je conduis à gauche ou au milieu du poste de conduite
c'est vrai que ça se fait bien
n°2592, TD 1.2 17/17'', ligne Chriss Tullett 2,5", nylatron, toe-link DLC, BOA TAT, barre de lien TAT, silent-bloc moteur power-flex, admission Kanary et une VRAI peinture. ohlins 3voies
dans des temps de tromperie généralisée, le seul fait de dire la vérité est un acte révolutionnaire
dans des temps de tromperie généralisée, le seul fait de dire la vérité est un acte révolutionnaire
Fais pas le malin où tu vas aller user les touches de ton clavier sur www.jefaisdesrun.comR32MAN a écrit :tu parles des fautes d'orthographisssmmeeDORIAN a écrit :![]()
Il n'y a pas moyen que tu prennes le temps de te relire avant de poster tes messages ??![]()
On est pas sur msn ici![]()
c'est toi le B.O.S.S du forum non??? si oui tu est mon maitre![]()
en tous cas promis je ferais des efforts
Speedster vendu
Dorian Admininutile
phpBB : Critical Error
Could not connect to the database

Dorian Admininutile
phpBB : Critical Error
Could not connect to the database
-
toutenglisse
- Ministre de l'intéchieur
- Messages : 17009
- Inscription : mar. févr. 21, 2006 10:09 pm
- Localisation : +toulouse-France
À l’origine des Pensées de Pascal
Les Pensées de Pascal sont un des rares textes du XVIIe siècle dont nous possédions les manuscrits originaux. Cela tient au fait que l’œuvre est demeurée inachevée en raison de la mort prématurée de son auteur. Dans les années qui ont suivi la polémique des Provinciales et le concours sur la roulette, Pascal se proposait d’écrire un ouvrage destiné à exposer les raisons de croire à la révélation apportée par la religion chrétienne, mais il n’a laissé à sa disparition que des manuscrits préparatoires (qui auraient été détruits s’il avait vécu assez longtemps pour faire imprimer son ouvrage achevé). C’est sa famille et ses amis de Port-Royal qui ont décidé de publier, au moins partiellement, et avec d’importantes corrections, les textes qu’ils ont découverts. Conscients de la nécessité de préserver non seulement les textes eux-mêmes, mais la trace de l’état dans lesquels ils avaient été retrouvés, ils en ont fait établir des Copies. Un comité a été constitué en vue d’en élaborer l’édition imprimée, qui a vu le jour en janvier 1670, édition qui a rencontré un tel succès qu’elle a connu de nombreuses rééditions, corrigées et augmentées. Cette édition, ordinairement désignée par l’expression édition de Port-Royal, a fait autorité, malgré ses imperfections, jusqu’au XIXe siècle, époque à laquelle les éditeurs ont pris l’habitude de revenir aux manuscrits originaux, ouvrant une nouvelle période dans l’histoire des Pensées. Au terme d’une histoire complexe, le recueil des papiers originaux et certaines copies qui en ont été tirées nous sont parvenues. Les Pensées de Pascal sont par conséquent l’un des seuls textes majeurs du XVIIe siècle qui nous laisse apercevoir sur le vif le travail de création de son auteur.
Méthode de travail de Pascal
La méthode de travail de Pascal écrivain a fait l’objet d’études de plus en plus précises depuis le XIXe siècle.
Pascal utilisait de grandes feuilles de papier qu’il coupait d’abord par le milieu en deux feuillets. Parfois il coupait à nouveau ces feuillets en deux, parfois même en quatre parties, qu’il utilisait ensuite verticalement ou horizontalement. Parfois, lorsque le texte inscrit au recto d’un papier lui était devenu inutile, il en utilisait le verso, ce qui a permis de conserver certains textes, souvent mutilés et barrés, vestiges d’une étape de la rédaction plus ancienne que celle du recto. Comme cela se faisait fréquemment à Port-Royal, il signait souvent ces papiers d’une croix.
Pascal utilisait une encre de couleur violette qui pouvait tendre vers le marron clair. Il lui arrivait aussi de rédiger une première esquisse au crayon avant de la réécrire à la plume.
Comme le lecteur pourra le constater sur les photographies des originaux, Pascal demandait parfois l’aide d’un secrétaire ou d’un copiste, soit qu’il se sentît trop faible pour écrire, soit qu’il eût besoin de mettre ses notes au propre (15 % des papiers conservés ne sont pas autographes).
La technique de rédaction de Pascal était à la fois méthodique et progressive. Elle nous est connue non seulement par le manuscrit des Pensées, mais par les copies prises sur d’autres écrits, notamment les Écrits sur la grâce, qui ont conservé trace des étapes successives de la composition (voir sur ce point l’édition des Œuvres complètes de Pascal par Jean Mesnard, t. III). Il commençait par prendre des notes très courtes, composées d’une ou plusieurs phrases, parfois seulement de quelques mots, séparées en général les unes des autres par un trait. Il laissait parfois de la place sur le feuillet en vue d’y inscrire des compléments ou un développement ultérieur.
À partir de ces ébauches, il rédigeait des textes plus développés, soit pour amplifier un point particulier, soit pour construire un mouvement d’argumentation tout entier, pouvant aller jusqu’à plusieurs pages. Dans ce cas, il se réservait de grandes marges à gauche et à droite des feuillets pour y ajouter des corrections ou des compléments. On sait par les Écrits sur la grâce qu’il composait de cette manière plusieurs versions successives des mêmes textes, et par les Provinciales qu’il pouvait aller jusqu’à cinq ou six étapes successives dans la rédaction, avant de parvenir à un état satisfaisant du texte. Lorsqu’il rédigeait un nouveau texte, Pascal barrait les notes qu’il avait utilisées d’un ou de plusieurs traits verticaux, ou jetait tout simplement le papier. Il est bien sûr impossible de savoir combien de papiers ont été ainsi supprimés, probablement au moins 30 % si on considère la difficulté actuelle de reconstituer les feuillets originels.
Dans le même mouvement, Pascal a entrepris d’ordonner ses papiers, d’une part en vue d’étoffer et d’amplifier les rédactions déjà entreprises, d’autre part pour préparer la composition de nouveaux ensembles. À cet effet, il a dû découper la plupart des feuillets qu’il avait employés, pour en détacher les notes qu’il regroupait selon des critères que les commentateurs ont mis longtemps à comprendre et à reconstituer.
Les éléments utilisables en vue de la réalisation des versions définitives étaient réunis dans des dossiers correspondant chacun à un champ de travail, c’est-à-dire à un domaine, à un thème ou à une articulation majeure de son argumentation (Misère, Grandeur, Raisons des effets, Conclusion, argument du pari par exemple). Certains de ces ensembles étaient organisés en liasses dans lesquelles les papiers étaient attachés les uns entre eux à l’aide d’une sorte de lacet passant par un trou. Quoi qu’il en soit, ces dossiers ont été travaillés chacun à part, de sorte que leur degré d’avancement est très inégal.
Leur succession au sein d’un plan d’ensemble a fait, de la part de Pascal, l’objet d’une réflexion suivie : on considère qu’il a fixé l’essentiel de son plan entre 1658 et 1660. Mais chez lui, les textes définitifs portent toujours la marque de cette genèse : que ce soient les traités de mathématique et de physique, les Écrits sur la grâce ou les Provinciales, ils prennent tous la forme d’écrits relativements brefs, construits autour d’un secteur ou d’une question précis, et reliés les uns aux autres par des liens souples et variés.
Que sont devenus les papiers de Pascal après sa mort ?
« La première chose que l’on fit fut de les faire copier tels qu’ils étaient et dans la même confusion qu’on les avait trouvés », écrit le neveu de Pascal, Étienne Périer (1642-1680), dans la Préface de l’édition de Port-Royal.
Pour garder une trace de l’état dans lesquels ces papiers avaient été découverts, la famille fit procéder à la réalisation de plusieurs copies. Il est presque certain qu’il exista une copie primitive, plus ancienne que celles qui nous restent, peut-être la première, qui a aujourd’hui disparu : elle était sans doute rendue nécessaire pour effectuer la transcription de l’écriture difficilement lisible de Pascal. Il y eut même très probablement une copie tirée de la précédente (notée C0), servant à la mise au net, mais qui a disparu aussi. Seules nous sont parvenues deux Copies (notées C1 et C2), réalisées à partir de C0 (voir le parcours des manuscrits). La Copie C1 a été utilisée comme document de travail par le Comité qui réalisa l’édition de 1670.
Les papiers originaux ont été conservés par la famille à Bien-Assis, résidence de Gilberte Périer, sœur de Pascal. Quelques papiers ont disparu au cours des âges, peut-être donnés à des amis en souvenir de leur auteur. À la mort de Gilberte (1687), l’ensemble a été confié à un de ses fils, Louis Périer (1651-1713), chanoine de la cathédrale de Clermont-Ferrand. Les papiers ont été collés dans un Recueil avec d’autres papiers autographes. C’est ce Recueil qui a été donné à la bibliothèque de l’abbaye de Saint-Germain-des-prés, puis conservé à la Bibliothèque Royale, devenue Bibliothèque Nationale de France.
Plusieurs copies partielles ont été réalisées au cours des temps. La plus complète est celle de Louis Périer, dont nous ne connaissons aujourd’hui qu’une copie seconde (dite copie Périer), retrouvée et conservée par un collectionneur privé. Pierre Guerrier, cousin des Périer et prêtre à l’Oratoire de Clermont, a aussi réalisé des Recueils (dont le recueil appelé RC2 qui contient la Copie C2) qui nous sont parvenus. Plusieurs copies et « pensées » isolées ont ensuite été découvertes : la plus récente est le manuscrit Joly de Fleury, dont les « pensées » ont été publiées en 1662 par Jean Mesnard.
Les Pensées de Pascal sont un des rares textes du XVIIe siècle dont nous possédions les manuscrits originaux. Cela tient au fait que l’œuvre est demeurée inachevée en raison de la mort prématurée de son auteur. Dans les années qui ont suivi la polémique des Provinciales et le concours sur la roulette, Pascal se proposait d’écrire un ouvrage destiné à exposer les raisons de croire à la révélation apportée par la religion chrétienne, mais il n’a laissé à sa disparition que des manuscrits préparatoires (qui auraient été détruits s’il avait vécu assez longtemps pour faire imprimer son ouvrage achevé). C’est sa famille et ses amis de Port-Royal qui ont décidé de publier, au moins partiellement, et avec d’importantes corrections, les textes qu’ils ont découverts. Conscients de la nécessité de préserver non seulement les textes eux-mêmes, mais la trace de l’état dans lesquels ils avaient été retrouvés, ils en ont fait établir des Copies. Un comité a été constitué en vue d’en élaborer l’édition imprimée, qui a vu le jour en janvier 1670, édition qui a rencontré un tel succès qu’elle a connu de nombreuses rééditions, corrigées et augmentées. Cette édition, ordinairement désignée par l’expression édition de Port-Royal, a fait autorité, malgré ses imperfections, jusqu’au XIXe siècle, époque à laquelle les éditeurs ont pris l’habitude de revenir aux manuscrits originaux, ouvrant une nouvelle période dans l’histoire des Pensées. Au terme d’une histoire complexe, le recueil des papiers originaux et certaines copies qui en ont été tirées nous sont parvenues. Les Pensées de Pascal sont par conséquent l’un des seuls textes majeurs du XVIIe siècle qui nous laisse apercevoir sur le vif le travail de création de son auteur.
Méthode de travail de Pascal
La méthode de travail de Pascal écrivain a fait l’objet d’études de plus en plus précises depuis le XIXe siècle.
Pascal utilisait de grandes feuilles de papier qu’il coupait d’abord par le milieu en deux feuillets. Parfois il coupait à nouveau ces feuillets en deux, parfois même en quatre parties, qu’il utilisait ensuite verticalement ou horizontalement. Parfois, lorsque le texte inscrit au recto d’un papier lui était devenu inutile, il en utilisait le verso, ce qui a permis de conserver certains textes, souvent mutilés et barrés, vestiges d’une étape de la rédaction plus ancienne que celle du recto. Comme cela se faisait fréquemment à Port-Royal, il signait souvent ces papiers d’une croix.
Pascal utilisait une encre de couleur violette qui pouvait tendre vers le marron clair. Il lui arrivait aussi de rédiger une première esquisse au crayon avant de la réécrire à la plume.
Comme le lecteur pourra le constater sur les photographies des originaux, Pascal demandait parfois l’aide d’un secrétaire ou d’un copiste, soit qu’il se sentît trop faible pour écrire, soit qu’il eût besoin de mettre ses notes au propre (15 % des papiers conservés ne sont pas autographes).
La technique de rédaction de Pascal était à la fois méthodique et progressive. Elle nous est connue non seulement par le manuscrit des Pensées, mais par les copies prises sur d’autres écrits, notamment les Écrits sur la grâce, qui ont conservé trace des étapes successives de la composition (voir sur ce point l’édition des Œuvres complètes de Pascal par Jean Mesnard, t. III). Il commençait par prendre des notes très courtes, composées d’une ou plusieurs phrases, parfois seulement de quelques mots, séparées en général les unes des autres par un trait. Il laissait parfois de la place sur le feuillet en vue d’y inscrire des compléments ou un développement ultérieur.
À partir de ces ébauches, il rédigeait des textes plus développés, soit pour amplifier un point particulier, soit pour construire un mouvement d’argumentation tout entier, pouvant aller jusqu’à plusieurs pages. Dans ce cas, il se réservait de grandes marges à gauche et à droite des feuillets pour y ajouter des corrections ou des compléments. On sait par les Écrits sur la grâce qu’il composait de cette manière plusieurs versions successives des mêmes textes, et par les Provinciales qu’il pouvait aller jusqu’à cinq ou six étapes successives dans la rédaction, avant de parvenir à un état satisfaisant du texte. Lorsqu’il rédigeait un nouveau texte, Pascal barrait les notes qu’il avait utilisées d’un ou de plusieurs traits verticaux, ou jetait tout simplement le papier. Il est bien sûr impossible de savoir combien de papiers ont été ainsi supprimés, probablement au moins 30 % si on considère la difficulté actuelle de reconstituer les feuillets originels.
Dans le même mouvement, Pascal a entrepris d’ordonner ses papiers, d’une part en vue d’étoffer et d’amplifier les rédactions déjà entreprises, d’autre part pour préparer la composition de nouveaux ensembles. À cet effet, il a dû découper la plupart des feuillets qu’il avait employés, pour en détacher les notes qu’il regroupait selon des critères que les commentateurs ont mis longtemps à comprendre et à reconstituer.
Les éléments utilisables en vue de la réalisation des versions définitives étaient réunis dans des dossiers correspondant chacun à un champ de travail, c’est-à-dire à un domaine, à un thème ou à une articulation majeure de son argumentation (Misère, Grandeur, Raisons des effets, Conclusion, argument du pari par exemple). Certains de ces ensembles étaient organisés en liasses dans lesquelles les papiers étaient attachés les uns entre eux à l’aide d’une sorte de lacet passant par un trou. Quoi qu’il en soit, ces dossiers ont été travaillés chacun à part, de sorte que leur degré d’avancement est très inégal.
Leur succession au sein d’un plan d’ensemble a fait, de la part de Pascal, l’objet d’une réflexion suivie : on considère qu’il a fixé l’essentiel de son plan entre 1658 et 1660. Mais chez lui, les textes définitifs portent toujours la marque de cette genèse : que ce soient les traités de mathématique et de physique, les Écrits sur la grâce ou les Provinciales, ils prennent tous la forme d’écrits relativements brefs, construits autour d’un secteur ou d’une question précis, et reliés les uns aux autres par des liens souples et variés.
Que sont devenus les papiers de Pascal après sa mort ?
« La première chose que l’on fit fut de les faire copier tels qu’ils étaient et dans la même confusion qu’on les avait trouvés », écrit le neveu de Pascal, Étienne Périer (1642-1680), dans la Préface de l’édition de Port-Royal.
Pour garder une trace de l’état dans lesquels ces papiers avaient été découverts, la famille fit procéder à la réalisation de plusieurs copies. Il est presque certain qu’il exista une copie primitive, plus ancienne que celles qui nous restent, peut-être la première, qui a aujourd’hui disparu : elle était sans doute rendue nécessaire pour effectuer la transcription de l’écriture difficilement lisible de Pascal. Il y eut même très probablement une copie tirée de la précédente (notée C0), servant à la mise au net, mais qui a disparu aussi. Seules nous sont parvenues deux Copies (notées C1 et C2), réalisées à partir de C0 (voir le parcours des manuscrits). La Copie C1 a été utilisée comme document de travail par le Comité qui réalisa l’édition de 1670.
Les papiers originaux ont été conservés par la famille à Bien-Assis, résidence de Gilberte Périer, sœur de Pascal. Quelques papiers ont disparu au cours des âges, peut-être donnés à des amis en souvenir de leur auteur. À la mort de Gilberte (1687), l’ensemble a été confié à un de ses fils, Louis Périer (1651-1713), chanoine de la cathédrale de Clermont-Ferrand. Les papiers ont été collés dans un Recueil avec d’autres papiers autographes. C’est ce Recueil qui a été donné à la bibliothèque de l’abbaye de Saint-Germain-des-prés, puis conservé à la Bibliothèque Royale, devenue Bibliothèque Nationale de France.
Plusieurs copies partielles ont été réalisées au cours des temps. La plus complète est celle de Louis Périer, dont nous ne connaissons aujourd’hui qu’une copie seconde (dite copie Périer), retrouvée et conservée par un collectionneur privé. Pierre Guerrier, cousin des Périer et prêtre à l’Oratoire de Clermont, a aussi réalisé des Recueils (dont le recueil appelé RC2 qui contient la Copie C2) qui nous sont parvenus. Plusieurs copies et « pensées » isolées ont ensuite été découvertes : la plus récente est le manuscrit Joly de Fleury, dont les « pensées » ont été publiées en 1662 par Jean Mesnard.
le contraire de l'erreur n'est pas la vérité mais le doute ...
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florian.72
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